Comment une approche « non traditionnelle » peut-elle rendre l’EPS divertissante pour tous
Il n’y a pas classe de basketball dans le gymnase d’Andrea Häefele. Pas plus qu’il n’y a une classe de hockey en salle ou de soccer ou une semaine de danse carrée. Mais si vous passez assez de temps ici, vous verrez vraisemblablement des élèves participant à toutes ces activités et à plusieurs autres.
« Je ne divise pas mes classes par sport », nous explique cette enseignante en Éducation physique et santé (EPS) du Highgate Public School à Markham, Ontario. Les élèves participent plutôt à des classes comprenant une grande variété d’activités qui font appel à des habiletés similaires. Pour Mme Häefele cela représente une différence importante. « [Les élèves] apprennent que l’éducation physique n’est pas seulement une question de sports d’équipe. De plus, cela les expose à diverses choses et leur donne plus d’occasions de réussir ».
Par exemple, lorsqu’ils participent à une classe portant sur les « jeux de territoire » (c. à d. des jeux dans lesquels les participants doivent contrôler un objet, le garder hors de la portée de leurs adversaires, et le déplacer en position pour marquer), les élèves peuvent jouer au basketball, mais ils peuvent tout aussi bien jouer au tchoukball, au rugby, au Ultimate (frisbee en équipe) et faire bien d’autres activités inspirées de ces jeux comme des exercices de passes utilisant des poulets en caoutchouc ou des cerceaux.
Et bien que cela puisse sembler une approche novatrice, Mme Häefele n’est certainement pas la seule à la mettre en œuvre. En effet, grâce au programme-cadre d’ EPS révisé de l’Ontario mettant l’accent sur un apprentissage centré sur l’élève et basé sur les habiletés, les élèves de partout dans la province ont l’occasion de savoir ce que c’est de réussir en dehors des paramètres des leçons traditionnelles.
Pourquoi utiliser une approche « non traditionnelle »?
Nous savons tous qu’un mode de vie sain et actif est bénéfique de plusieurs façons pour les individus et la société. Il permet d’augmenter la productivité et la capacité d’apprentissage, améliore le moral, diminue l’absentéisme, réduit les coûts liés aux soins de la santé, réduit les comportements antisociaux tels que l’intimidation, favorise les relations saines et sécuritaires et la satisfaction personnelle. Du point de vue de la santé, il n’y a pas de côté négatif à se lever et à être actif.
Mais pour bien des élèves, provenant de divers milieux et ayant diverses habiletés et différents intérêts, une approche universelle à l’éducation physique peut être parsemée d’embûches.
Pour un enfant qui trébuche souvent en marchant ou qui n’a pas la coordination requise pour bien lancer une rondelle, se faire pousser à jouer dans une rencontre compétitive de hockey en salle peut ne pas être amusant et peut même ressembler à une punition. D’autre part, pour un élève qui participe à un programme de hockey récréatif depuis l’âge de cinq ans, une leçon d’introduction à la technique de passe sera vraisemblablement monotone. De plus, comme l’explique Lissa Côté-Deschênes, une enseignante en EPS à l’École élémentaire publique Des Sentiers à Orléans en Ontario, « cet élève qui pratique un sport dans la communauté surpassera ses camarades de classe. » Elle a pu constater que cela amène d’autres élèves à se sentir inférieurs dès le début.
Aussi, il se pourrait que des sports pratiqués dans les écoles nord-américaines, tels que le basketball et le baseball, ne répondent pas aux expériences et intérêts des élèves qui sont nouvellement arrivés au Canada ou dont les parents sont immigrants.
Non seulement l’introduction de nouveaux jeux, de jeux adaptés, et de jeux provenant d’autres cultures permet à un éducateur de tenir compte des différents intérêts et des diverses habiletés, mais cela l’aide aussi à créer un environnement dans lequel les élèves sont davantage sur un pied d’égalité.
Tous les élèves peuvent réussir!
Et lorsque les élèves ont l’occasion d’essayer une grande variété d’activités, ils peuvent aussi réussir et démontrer cette réussite de plusieurs façons.
« Auparavant, lorsque nous mettions l’accent plus sur les sports traditionnels, nous comptions le nombre de ballons qu’un élève pouvait lancer dans le filet », nous explique Mme Côté-Deschênes. « Ce n’est plus ce que nous faisons. Maintenant le programme-cadre met l’accent sur la participation individuelle et les relations avec autrui. Ce n’est plus seulement une question de performance, mais plutôt de buts personnels ».
On encourage les élèves à identifier leurs forces et à miser sur elles pour s’améliorer. S’ils peuvent bien lancer par dessous au début de la classe, peuvent-ils apprendre à bien lancer par dessus avant la fin de la classe? Ou bien, s’ils ne peuvent toujours pas, savent-ils pourquoi? Lorsque les élèves établissent et atteignent des buts personnels, lorsqu’ils démontrent leur compréhension et rencontrent les attentes du programme-cadre selon les façons qui répondent le mieux leurs besoins, ils sont certains de réussir… et lorsqu’ils réussissent, il est plus vraisemblable qu’ils développent un attrait pour l’activité physique qu’ils auront pour la vie.
Tous les élèves peuvent développer un savoir-faire physique!
Le savoir-faire physique (l’habileté d’exécuter avec compétence des mouvements dans une grande variété d’activités physiques) se trouve au centre du programme-cadre révisé, et une approche diversifiée pour l’enseignement des habiletés motrices et des concepts associés aux mouvements est une façon très efficace pour aider les élèves à acquérir ce savoir-faire.
Par exemple, dans une leçon sur la manière de dribbler un ballon, les enseignants pourraient augmenter et ensuite réduire l’aire de jeu et demander aux élèves de prendre note de quelle façon leur technique de dribble doit changer. Ils pourraient demander aux élèves d’essayer de dribbler un ballon plus gros, et ensuite, un plus petit. Pendant que les élèves découvrent et pratiquent certaines habiletés motrices, ils acquièrent de la confiance dans leur capacité d’être actif physiquement dans tous genres de contextes et situations.
Comme l’explique Mme Häefele, « Un individu ayant un savoir-faire physique peut dire “Je sais comment jouer au tennis. Comment puis-je transférer ces habilités pour essayer de jouer au squash?” Ou bien, “Je me joindrai peut-être à l’équipe d’Ultimate à l’université. Ça ressemble au soccer.” »
C’est facile et efficace!
Cela pourrait requérir un peu plus de planification, mais n’ayez craintes, il n’est pas nécessaire d’avoir un gros budget pour du nouveau matériel, ou un plus grand espace de gymnase, ni un enseignant ayant une vaste expérience dans les sports d’autres cultures afin de mettre en œuvre une approche non traditionnelle à l’EPS.
Introduire une variété d’activités est souvent très simple. Par exemple, prendre un sport que les élèves connaissent et en modifier une règle (p. ex., plutôt que de courir pour se déplacer d’un bout à l’autre du terrain de jeu, les faire sauter, sautiller ou ramper), diviser le sport en composantes (p. ex., pratiquer à faire des passes avec un partenaire; maintenant, essayer de faire un lancer par dessus), ou changer le matériel utilisé (p. ex., ballons de plage plutôt que des ballons de basketball).
De plus, il est facile d’avoir accès à de l’aide.
C’est une excellente façon de faire participer les partenaires communautaires!
Le programme-cadre EPS révisé est basé sur l’idée que l’apprentissage des élèves s’effectue mieux dans le contexte d’une « école saine », une école qui renforce les leçons enseignées au sujet d’une vie active et saine à travers des politiques et des programmes. « Les fondements d’une école
saine » du ministère de l’Éducation identifie les composantes qui, ensemble, font partie d’une approche globale à la santé scolaire. Les « Partenariats communautaires » sont l’une de ces composantes.
Les relations avec les bureaux de santé publique, les installations de loisirs communautaires et autres organismes communautaires peuvent fournir un soutien à l’apprentissage des élèves et contribuer à enrichir cet apprentissage. De plus, ils peuvent également fournir leur expertise pour aider un enseignant qui ne connaît pas bien un nouveau sport ou une nouvelle activité. Par exemple, un groupe de loisirs de la région pourrait être disponible pour donner une clinique de rugby ou un centre communautaire pourrait avoir un instructeur de yoga qui serait prêt à rendre visite à l’école. Non seulement est-ce une façon efficace d’amener un expert au gymnase, cela enseigne aussi aux élèves au sujet des différentes ressources et des activités parascolaires abordables qui sont offertes dans la communauté.
Mme Côté-Deschênes a pu faire personnellement l’expérience de la force des partenariats communautaires lorsque son école a travaillé avec des partenaires pour organiser un rodéo bicyclette avec une infirmière en santé communautaire et un membre du corps de police présents sur les lieux. Pendant ce temps, Mme Häefele a découvert que l’on peut parfois trouver des partenaires communautaires encore plus près de chez soi!
Elle raconte, « Tous les matins, notre gymnase est libre pendant la première période. Nous invitons donc les grand-mères dans notre région à l’utiliser pour leurs danses folkloriques chinoises. Cette année elles ont réussi à m’apprendre une de leurs danses. Ensuite nous avons eu une fête pour célébrer le Nouvel An chinois pendant laquelle nous avons présenté la danse à l’école. Les grand-mères étaient ravies. Les enfants aussi ».
Du soutien pour la mise en œuvre du programme-cadre est facilement disponible!
Bien que les partenaires communautaires puissent aider à enrichir la programmation et offrir des occasions d’activités parascolaires, il n’est pas nécessaire que les éducateurs communiquent avec un expert pour chaque sujet avec lequel ils ne sont pas familiers.
« Les Ressources d’appui au programme-cadre d’éducation physique et santé (EPS) : 1re à 8e année comprennent une grande variété de leçons sur divers jeux, sports et activités sportives », selon Heather Gardner, Conseillère au programme-cadre d’EPS d’Ophea.
Ces ressources, offertes en français et en anglais, furent créées dans le but précis de soutenir la mise en œuvre du Curriculum révisé EPS de l’Ontario de 2010. Ils contiennent plus de 130 plans de leçons par année scolaire, dont des versions modifiées de sports traditionnels et l’intégration de nouveaux jeux. Chaque plan de leçon est facile à suivre et fait des liens directs avec les attentes du programme-cadre et offre aux enseignants des questions utiles à poser, des idées pour l’échauffement, la récupération et pour prolonger les activités.
« Je ne pense pas que bien des enseignants réalisent à quel point ces ressources sont extraordinaires », Mme Côté-Deschênes. « Elles sont bien faites et faciles à suivre. Elles offrent une grande variété d’activités qui plairont certainement à toutes les classes ».
C’est très amusant et divertissant!
En fin de compte, Mme Côté-Deschênes et Mme Häefele semblent être d’accord que la meilleure raison pour utiliser une approche non traditionnelle est pour le plaisir et le défi que cela représente, non seulement pour les élèves, mais aussi pour elles. « En tant qu’enseignante, j’essaie toujours d’apprendre, et de désapprendre et de réapprendre », nous dit Mme Häefele. « Je veux enseigner ces habiletés à mes élèves
aussi ».
« Ils sont plus engagés », nous dit Mme Côté-Deschênes au sujet des enfants dans son gymnase. « Les élèves engagés sont des élèves heureux ».
Et ce sont ces sentiments de bien être et d’engagement maintenant qui peuvent tout compte fait mener à adopter et conserver un mode de vie sain et actif. Après tout, qu’un élève choisisse de participer dans un sport de compétition, de faire de longues promenades à pied, de suivre des cours de danse, de se promener en vélo, ou de faire des exercices de yoga dans son salon à l’aide d’un DVD, le résultat sera vraisemblablement le même, il sera en meilleure santé. Mme Häefele nous explique, « Je veux que mes élèves soient actifs en dehors de l’école et qu’ils ramènent ce désir d’être actifs dans leur famille. Je veux qu’ils choisissent de continuer à être actifs en grandissant. C’est ça le plus important ».
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