La grande traversée, racontée par son fondateur, Laurent Brisebois, un visionnaire de l'activité physique chez les jeunes. | Ophea.net

La grande traversée, racontée par son fondateur, Laurent Brisebois, un visionnaire de l'activité physique chez les jeunes.

Mercredi, Août 7, 2013 - 09:08

Nous vous proposons ce billet, en supplément à notre billet précédent, intitulé «Une grande traversée du Canada... à vélo ! ». La grande traversée c'est le résultat de la vision et des efforts de Laurent Brisebois, directeur adjoint et coach du programme sports études de l'école des Pionniers de Maillardville à Port Coquitlam en Colombie-Britannique. Ce qui suit est l'essentiel de notre entretien avec ce grand passionné de vélo dont l'enthousiasme pour le sport et l'activité est très contagieux.

En mai dernier, un groupe composé d'élèves et d'accompagnateurs provenant de divers conseils scolaires francophones canadiens (hors Québec) a réalisé La grande traversée (LGT), une grande première, constituée d'un parcours canadien de vélo de route divisé en 6 jalons. Ce beau défi physique est devenu par extension, une extraordinaire plateforme pour faire la promotion d'une saine alimentation et de l'activité physique dans diverses écoles francophones à travers le Canada, là où se sont arrêtés les pelotons pour s'entretenir avec les élèves sur leur expérience et leur vécu.

On s'imagine l'impressionnante équipe logistique nécessaire à la réalisation d'un exploit à grande échelle comme celui de La grande traversée. Et pourtant, son fondateur, Laurent Brisebois dit avoir puisé sa vision, son enthousiasme et son énergie à même les jeunes qu'il côtoie depuis des années : « On entend souvent dans mon milieu (de l'éducation) que les jeunes d'aujourd'hui sont blasés, amorphes sur Facebook, n'ont aucune vision à long terme, sont difficiles à motiver, etc. mais moi je crois que lorsqu'on les place dans des situations (comme celle de LGT) où ils peuvent et doivent se surpasser physiquement, se donner des défis et les atteindre, s'engager envers quelque chose de plus grand qu'eux-mêmes et penser aux autres, non seulement ils font tout ça, mais ils le font au-delà de nos attentes ! Ce négativisme qu'on entend toujours, il n'est que situationnel, et nous en sommes tous responsables. N'allons pas penser que c'est QUI ils sont ! C'est tout l'contraire ! Si au lieu, on leur met le succès entre les mains, on les voit changer devant nous. Lorsque les jeunes portent eux-mêmes le succès d'un projet, ils sont responsabilisés et on a à cœur sa réussite. Et si on ne leur permet pas de goûter au plaisir et aux bénéfices de l'activité physique, on ne peut pas les blâmer de ne pas en faire ! C'est ce que j'ai constaté durant La grande traversée. Et j'y ai découvert des ados extraordinaires ! »

Le projet prend son origine dans ce désir qu'avait Laurent de voir les jeunes de son école s'impliquer dans leur communauté, tisser des liens avec d'autres milieux franco-canadiens, et adopter des modes de vie sains. Au tout début, des élèves de son école avait participé en masse à l'excellente initiative de Lève-toi et bouge ainsi qu'au Grand défi Pierre Lavoie. Vu la réponse plus qu'enthousiaste des élèves, et grâce à une rencontre inspirante avec l'athlète Pierre Lavoie, la suite logique pour Laurent c'était de colliger toutes ces idées par le truchement d'un parcours de vélo à multiples relais à travers le Canada. La grande traversée était née.

Le défi était cependant de taille pour les élèves qui allaient y participer : la majorité d'entre eux n'avait jamais fait ni de vélo de route, ni l'entraînement physique vigoureux de préparation que le sport exige. Selon Laurent, ce que LGT a contribué à ses participants, c'est l'essentiel de ce qui est gage d'une meilleure qualité de vie : « L'activité physique fréquente et régulière, c'est amusant. Ça a des bénéfices directs, qui contribuent à une qualité de vie à long terme. Le plaisir qu'on a à bouger - voilà le chaînon manquant dans notre société... je rêve d'une société où tout l'monde serait actif. Pas besoin de gagner des médailles pour bénéficier des bienfaits de l'activité physique ! Il s'agit juste de s'amuser en le faisant. Lorsqu'on bouge, on se sent mieux. Et lorsqu'on se sent mieux, on mange mieux, on est plus performant dans nos devoirs, notre travail, on est plus heureux. Bref, il faut bouger et s'amuser. Les liens entre l'activité physique et le bien-être, comme ceux résultant de LGT, sont très clairs. Notamment, les jeunes cyclistes ont constaté que les limites qu'ils rencontraient en faisant LGT n'étaient que des limites perçues, mentales. Ils ont compris qu'ils pouvaient se pousser plus loin et que lorsqu'on fait face à des choses difficiles, si on les aborde en étape, on peut tout réussir ce que l'on veut. L'idée, c'est de persévérer. Lorsque les jeunes voient qu'ils peuvent atteindre des niveaux qu'ils croyaient jusque là impossible, ils comprennent très vite qu'ils peuvent appliquer cette "recette" partout. C'est la clé du succès. Ainsi, le jeune vit sa fierté, gagne de la confiance, est bien dans sa peau et se dépasse. C'est bien plus que juste de l'activité physique ! »

Laurent Brisebois n'est pas le seul qui déborde d'enthousiasme pour l'activité physique promue par LGT. La ferveur pour l'initiative abonde de part et d'autre. Notons l'endossement poids lourd de Jean-Luc Brassard, médaillé d’or aux Jeux olympiques d’hiver de Lillehammer, en 1994. L'athlète de renom a souligné combien le projet constituait un excellent antidote à l'inactivité des jeunes qui selon lui, risquent de vivre moins vieux que leurs parents en raison de leur sédentarité généralisée. Son appui pour LGT est tel qu'il est même allé jusqu'à accompagner un des pelotons sur le parcours ! Ainsi, il a vivifié les participants et les a encourager à développer et à vivre leur passion. 

Laurent Brisebois se dit ravi du succès monstre de la toute première grande traversée et surtout, de ce que ses participants en ont tiré. Selon lui, La grande traversée est l'exemple par excellence de l'apprentissage dit "expérientiel", une approche qu'il favorise nettement : « un apprentissage expérientiel du genre, c'est du vrai pour l'élève. Les leçons et les bienfaits qu'il en tire sont concrets, et il peut plus facilement les étendre dans les autres sphères de sa vie, c'est tellement plus tangible! Ce genre d'apprentissage DOIT se faire ailleurs qu'entre les 4 murs de la salle de classe et il en vaut la peine et l'effort, surtout lorsqu'on voit combien les élèves en bénéficient. » La première édition de La grande traversée à peine terminée, Laurent rêve déjà à la prochaine, à comment l'améliorer, la rendre encore plus engageante pour les jeunes et pour plus d'écoles partout au pays... « On a tous la responsabilité selon moi, pédagogue ou non, de laisser derrière nous un monde meilleur. La grande traversée, ça ne change pas le monde, on s'entend. Mais je veux le faire parce que si ça occasionne un virage santé chez au moins quelques personnes qui, à leur tour, deviennent plus heureux, confiants et performants dans leurs milieux respectifs, je m'en réjouis ! » Et si l'envie vous prenait à vous de faire un p'tit tour à vélo... vous pouvez toujours commencer par consulter le site web...