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Les jeunes sont les leaders d’aujourd’hui

Vendredi, Juillet 29, 2016 - 12:11

La façon dont les éducateurs peuvent aider les élèves à s’engager au sein de leur communauté

Selon Sarah Butson, gestionnaire de programme à l’Institut de formation de jeunes porte-parole (Youth Advocacy Training Institute - YATI), « Les jeunes ne sont pas les dirigeants de demain. Ils sont les chefs de file d’aujourd’hui ». Les jeunes forment un groupe qui est passionné par un éventail de sujets et ils débordent d’énergie et d’enthousiasme. En tant qu’individus, ils peuvent apporter une mine d’habiletés et d’idées innovatrices. Mais malgré qu’ils fassent preuve de ces qualités naturelles de leadeurship, les adultes ont tendance à dévaloriser les contributions des jeunes, et c’est dommage à bien des égards. Comme l’explique Mme Butson, « Si nous écoutons vraiment les jeunes et les amenons à s’impliquer dans leur communauté, nous y gagnerons tous ».

En tant qu’éducateurs, nous pouvons jouer un rôle important pour favoriser l’engagement communautaire, non seulement en encourageant les jeunes à faire leurs premiers pas en vue de s’impliquer dans la communauté, mais en travaillant également avec des partenaires communautaires pour trouver des occasions pour les élèves et en favorisant la capacité des jeunes à suivre leurs passions, en les faisant entendre et en provoquant de réels changements.

Les élèves ont tellement à gagner!

Afin de recevoir leur diplôme d’études secondaires, les élèves de l’Ontario doivent effectuer un minimum de 40 heures de service communautaire. Cette exigence a pour but de renforcer leur responsabilité citoyenne et leur confiance en soi, de leur offrir des occasions de réseautage pouvant mener à des emplois dans l’avenir et leur fournit une expérience à inclure sur leur demande pour une bourse d’études ou un emploi. Mais les avantages potentiels ne s’arrêtent pas là!

Les élèves qui s’investissent dans leur communauté ont généralement un plus faible taux d’absentéisme à l’école, ils mettent plus d’efforts à faire leurs devoirs, ils obtiennent de meilleurs résultats scolaires et sont plus susceptibles de souhaiter poursuivre des études postsecondaires.

L’engagement des élèves est directement lié aux attentes des programmes-cadres d’éducation physique et santé (EPS).  Notamment, le domaine d’étude vie saine permet aux élèves d’acquérir une littératie en santé, en partie en les aidant à comprendre la façon dont certains facteurs (p.ex., s’impliquer dans leur école et leur communauté) peuvent avoir un effet sur leur santé et leur bien-être. Les habiletés personnelles et interpersonnelles quant à elles font partie des habiletés liées au développement personnel et identitaire et permettent aux personnes de mener leur vie et de promouvoir leur santé et leur bien-être. Ces habiletés comprennent : avoir une image positive de soi-même et savoir comment réagir à des situations difficiles, gérer son temps, composer avec le stress, bien interagir avec autrui, résoudre des problèmes, prendre des décisions, établir des objectifs et tirer des leçons des expériences vécues — toutes des habiletés qu’un élève acquerra vraisemblablement s’il s’implique dans la communauté.

Et bien qu’il soit formidable que les jeunes de l’Ontario découvrent les avantages que peut leur apporter l’engagement communautaire en faisant 40 heures de service communautaire, notre objectif ultime devrait être de faire de l’engagement communautaire une quête tout au cours de la vie, de la même façon que les programmes-cadres d’ÉPS ont pour but d’insuffler un amour pour l’activité physique pour toute la vie. Selon Mme Butson, ce degré accru d’engagement fait la différence entre des jeunes qui participent et des jeunes qui s’impliquent.

Comme elle l’explique, « Lorsqu’ils participent, ils ne font que participer et être présent à des activités. Ils accumulent les heures de service. Mais lorsqu’ils s’impliquent, les jeunes disent qu’ils se sentent vraiment comme s’ils font partie du programme et que leurs voix sont entendues. Ils sont passionnés par les objectifs du programme et ils éprouvent un sentiment d’engagement. Et si tel est le cas, ils peuvent en bénéficier tellement plus ».

La société en tire également profit!

De plus, lorsque cet engagement devient une habitude pour toute la vie, les communautés entières s’enrichissent de plusieurs façons.

Selon Heather McCully, coordinatrice en matière d’engagement chez les jeunes pour les Services de santé publique de la ville de Hamilton, explique, « Nous créons des citoyens plus actifs et plus engagés qui ont les habiletés nécessaires et sont assez autonomes pour faire entendre ce qu’ils ont à dire ». C’est une façon importante de donner une voix à un segment de la population qui est traditionnellement opprimée et non entendue.

Qui plus est, lorsque les élèves s’engagent, les études montrent une diminution significative des comportements à risque tels que la consommation de drogue, la délinquance, l’activité sexuelle précoce, et la participation aux jeux de hasard. La santé mentale tend également à s’améliorer. Selon Sharon Seslija, conseillère pédagogique pour le Greater Essex County District School Board, « L’engagement communautaire donne un sens à la vie des élèves ». En fait, elle croit que tous les comportements liés à l’engagement communautaire aident à renforcer la résilience. « Lorsque vous avez des valeurs positives, vous avez une identité positive. Vous savez également comment maintenir ces comportements positifs liés à la pensée critique et à la prise de décisions. Et, au bout du compte, cela permet à la société d’économiser de l’argent, en ayant moins recours au réseau de la santé et des services sociaux et au système judiciaire... »

Il y a une occasion qui s’offre à chaque élève.

Ce ne sont pas tous les jeunes qui sont du genre à se « joindre » à quelque chose, et malheureusement, ce sont les jeunes qui ont le plus de difficulté à l’école et qui sont plus susceptibles d’adopter des comportements à risque qui sont les moins susceptibles de s’engager dans la communauté.

Afin d’encourager les jeunes qui ne sont pas engagés, Mme McCully vous conseillerait de ne pas commencer en mentionnant les avantages énumérés ci-dessus. « Cela ne fonctionnera pas si nous disons aux jeunes qu’ils doivent s’engager ou qu’ils devraient le faire, ou qu’on leur prêche les raisons pour lesquelles c’est une excellente idée. En raison de l’endroit où ils se trouvent dans leur stade de développement, ils se concentrent plutôt sur les avantages qu’ils peuvent en tirer à court terme. Laissez donc de côté ces plus grands bienfaits d’ordre général et utilisez-les pour vos propres indicateurs de réussite ». Elle suggère plutôt aux éducateurs de découvrir ce qui passionne les jeunes et d’utiliser cette passion pour faire appel à leur sentiment que leur vie a un sens.

Mme Seslija explique, « Il faut que vous connaissiez vos élèves ». Pour bien des élèves, cela pourrait se traduire en cherchant des occasions liées à la justice sociale, tandis que d’autres pourraient être attirés par des occasions d’établir des relations avec des pairs.

« Il est aussi important de reconnaître que les élèves ne voudront pas tous participer de la même façon », ajoute Mme Butson. « Parfois, on peut voir l’engagement comme étant une participation active. Je crois qu’il y a beaucoup de façons de s’impliquer. Il est important d’aller à la rencontre des jeunes et d’établir des liens avec ce qui les intéresse ».

Par exemple, une jeune peut se sentir mal à l’aide de siéger à un comité consultatif, mais serait peut-être heureux de rédiger un bulletin portant sur les activités du comité. Un autre pourrait être laissé froid par l’idée de participer à une collecte de fonds, mais aimerait peut-être l’idée de travailler sur une campagne sur les réseaux sociaux pour sensibiliser les gens à la cause.

Les jeunes ont toute une gamme de talents à partager, et si vous pouvez découvrir ces talents, vous aurez accompli la moitié du travail. Comme l’explique Mme McCully, « Parfois cela prend un peu de temps et de travail et il faut établir des liens ». Dans d’autres cas, il ne faut que demander. « Ce sont les jeunes qui savent le mieux comment ils pourraient souhaiter s‘impliquer », rajoute Mme Butson.

Afin de surmonter les obstacles, il faut faire preuve de flexibilité, de créativité et d’ouverture d’esprit.

Vous avez beau avoir découvert ce qui passionne une jeune personne, il peut néanmoins y avoir des obstacles à sa participation active que vous devrez surmonter. Les obstacles financiers et le manque d’accès à un moyen de transport sont parmi les premiers obstacles auxquels on peut penser. Cependant, il y en a d’autres, et ceux-ci peuvent vous demander de faire preuve de plus de créativité et d’ouverture d’esprit pour les aborder.

Comme l’explique Mme Butson, « Les jeunes sont confrontés à des idées fausses à leur sujet, sur la façon dont ils se comportent, sur leurs convictions et sur ce qu’ils veulent. Ces fausses idées peuvent être la cause d’un manque d’occasions s’offrant à eux ».

Afin de vraiment réussir à ce que les jeunes s’impliquent, il est important que les adultes réévaluent leurs préjugés et s’assurent de présenter des occasions d’engagement pour les jeunes qui sont importantes et authentiques. Lorsque l’occasion de s’impliquer n’est rien de plus que symbolique (p. ex., en demandant aux jeunes d’effectuer des tâches qui ne leur apportent aucune expérience enrichissante ou en mettant en place un comité consultatif jeunesse pour bien paraître aux yeux des donateurs), les jeunes flaireront immédiatement le manque de sincérité, ils ne se sentiront pas fiers de leur participation et ils ne s’impliqueront pas pour bien longtemps.

Il y a également des obstacles sur le plan individuel provenant des élèves eux-mêmes. Cela pourrait être la peur de s’impliquer, la peur d’échouer ou bien une faible estime de soi. Dans ces cas, il est essentiel de créer un environnement dans lequel les élèves se sentent en sécurité et de leur donner l’occasion de participer d’une façon par laquelle ils se sentent à l’aise.

Le manque de temps est un autre obstacle que nous ne prenons pas souvent en considération, mais auquel, en tant qu’adultes, nous devons faire face. « Ces élèves sont surchargés », souligne Mme McCully. « Je n’ai jamais vu une génération qui doit composer avec autant de stress. S’ils ne sont pas occupés à faire leurs devoirs, ils s’occupent de leurs frères et sœurs ou bien ils ont un emploi à temps partiel ». C’est pour cette raison qu’il faut créer des occasions flexibles pour leur permettre de s’impliquer.

En dernier lieu, il faut laisser savoir aux jeunes que l’on souhaite qu’ils s’impliquent. Cela veut dire s’informer au sujet des soutiens offerts et des occasions ouvertes aux jeunes, et ensuite communiquer avec les jeunes d’une façon qui établira une connexion avec eux. Comme le rappelle Mme McCully, « Les jeunes ne sont pas une population homogène. Il existe de nombreuses sous-cultures. Si nous nous adressons à eux sans adopter des approches globales multidimensionnelles, nous ne les rejoindrons pas tous ». C’est pour cette raison qu’il est important de trouver des façons de s’adresser aux élèves avec des messages cohérents dans tous les environnements qu’ils fréquentent, que ce soit à l’école, en ligne ou dans la communauté.

Une approche communautaire est essentielle.

Selon Mme McCully, « Il faut tout un village pour outiller et autonomiser les jeunes de notre communauté et pour leur donner des occasions de participer de manière importante. Les éducateurs ont des occasions uniques d’établir des connexions avec les jeunes, mais ils ne sont qu’un morceau du casse-tête ».

Les partenariats communautaires sont l’une des composantes d’une école saine telle que décrite par les Fondements d’une école saine (un cadre de travail faisant appel à une approche globale pour la création d’une école saine) du ministère de l’Éducation. Ces types de partenariats sont également l’une des principales façons d’aider simultanément les jeunes, votre école et les organismes communautaires en favorisant le partage de ressources, d’idées et de réseaux.

Mais comment pouvez-vous entrer en contact avec ces partenaires? « C’est toujours par le bouche-à-oreille », selon Mme McCully. De plus, elle conseille d’aller à la recherche de champions pour promouvoir l’engagement des jeunes dans votre communauté. Il pourrait s’agir de parents; de personnes-ressources de l’Association canadienne pour la santé mentale, du Centre de toxicomanie et de santé mentale, de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC ou d’un autre organisme; d’une infirmière en santé communautaire ou d’un professionnel de la santé.

Et lorsque vous aurez trouvé vos champions, assurez-vous de demeurer en communication avec ceux-ci et de leur faire connaître les capacités et les limites de votre école.

Les bonnes ressources sont à la portée de la main.

Vous pouvez également aider à outiller et autonomiser les élèves en les orientant vers les bonnes ressources. Cela peut vouloir dire les diriger vers des groupes comme l’Institut de formation de jeunes porte-parole (un programme de l’Association pulmonaire de l’Ontario qui soutient les jeunes et les associations pour la jeunesse de l’Ontario) :

Ability Online (site Web en anglais comprenant un forum de discussion en français) est une communauté de soutien en ligne gratuite qui fournit aux jeunes, quelles que soient leurs capacités, les outils et une plateforme de communication pour leur permettre d’entretenir des contacts avec des jeunes de partout au pays.

D’un stade à l’autre, publiée par le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse, vise à soutenir ceux et celles qui travaillent avec les jeunes de 12 à 25 ans en fournissant un aperçu du développement des jeunes et des feuilles de route des principaux stades de développement pour orienter ceux souhaitant mettre en œuvre des services et des soutiens de haute qualité pour les jeunes de l’Ontario.

Laissez les élèves vous montrer le chemin!

Cependant, la chose la plus importante pour orienter les jeunes dans la bonne direction est de les écouter attentivement. Vous pouvez commencer en créant un forum pour les jeunes afin qu’ils soient entendus. Cela peut se faire de façon informelle dans une salle de classe, par le biais d’un sondage ou à un rassemblement tel qu’un sommet de la jeunesse. Lorsque vous écoutez vraiment ce que les élèves ont à dire et que vous êtes faites appel à ce qui les passionnent, ce sont généralement eux qui connaîtront la prochaine action à prendre.

À partir de là, il ne s’agit souvent que d’établir quelques relations et de favoriser les occasions pour les jeunes de faire partie de quelque chose de concret et pertinent pour engendrer des changements majeurs.

« Lorsque nous leur en offrons l’occasion, les jeunes font valoir leurs passions pour engendrer des changements concrets », dit en conclusion Mme Butson. « Et nous apprenons tellement en travaillant avec eux ».