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Les petits corps doivent bouger

Lundi, Mai 1, 2017 - 15:24

La façon dont une approche intégrée en éducation physique et santé (ÉPS) à la maternelle et aux jardins d’enfants est bénéfique pour les plus jeunes élèves de l’Ontario 

Les élèves de la maternelle et du jardin d’enfants proviennent de divers milieux, ils ont des champs d’intérêt et des tempéraments différents, mais ils ont une chose en commun :« Ils n’arrêtent pas de bouger, » dit en riant Colleen Walsh, une éducatrice de la petite enfance au St. Anne Catholic Elementary School à Burlington. C’est une des principales façons pour nos plus jeunes apprenants de faire des découvertes, et il s’agit d’un élément essentiel pour leur santé et leur bien-être.

Heureusement, depuis sa publication en juin 2016, le Programme de la maternelle et du jardin d’enfants du ministère de l’Éducation oriente les enseignants et les éducateurs dans la façon d’intégrer l’enseignement au sujet de la santé et du bien-être aux attentes et aux contenus d’apprentissages du programme et de faire en sorte que l’apprentissage s’effectue dans tous les aspects de la maternelle et du jardin d’enfants ; et puisque les élèves s’adonnent à un apprentissage par le jeu dans une culture d’enquête, l’approche préconise l’exploration et la découverte, faisant en sorte que les élèves restent rarement assis bien longtemps.

En maternelle et au jardin d’enfants, le jeu actif et l’apprentissage vont de pair.

Avec l’introduction du nouveau Programme de la maternelle et du jardin d’enfants, l’éducation physique et santé (ÉPS) n’est plus considérée comme une matière dans les classes de la maternelle et du jardin d’enfants. Il s’agit plutôt d’un style de vie. Comme l’explique Mme Walsh, « La majeure partie de la journée est axée sur l’éducation physique et santé, que nous le réalisions ou non. »

« Des activités et des habiletés motrices et des concepts du mouvement sont intégrés tout au long de la journée », explique Anne McNeill, une enseignante au jardin d’enfants au Jesus Elementary School à Burlington. « Il y a des occasions d’explorer du matériel et des équipements dans la salle de classe, lors du jeu à l’extérieur et dans le gymnase ».

De plus, puisque les habitudes quotidiennes de plusieurs élèves de la maternelle et du jardin d’enfants ont été orientées en grande partie par des adultes jusqu’à ce qu’ils commencent à fréquenter l’école, une bonne partie de chaque journée est consacrée à aider les élèves à acquérir des habiletés d’autorégulation associées à leur bien-être, comme être à l’écoute de leur corps pour déceler des signes indiquant qu’ils ont faim, qu’ils ont besoin de bouger, qu’ils ont besoin de se reposer et qu’ils doivent aller aux toilettes.

Les enseignants et les éducateurs misent sur les forces des élèves.

Le Programme de la maternelle et du jardin d’enfants repose sur l’idée que tous les enfants sont compétents, qu’ils sont capables d’effectuer une réflexion complexe, qu’ils sont curieux et qu’ils possèdent beaucoup d’expériences et de potentiel. Cependant, lorsque les enfants commencent à fréquenter la maternelle, il faut du temps et de l’attention pour déterminer leurs forces et leurs besoins individuels.

« Nous avons adopté le concept voulant qu’il faille déterminer le stade de développement où se situe chaque élève, puis satisfaire à leurs besoins afin de les faire progresser le long du continuum, » explique Catherine Ure, directrice au Fraser Mustard Early Learning Academy à Toronto, une école exclusivement pour les élèves de la maternelle et du jardin d’enfants fréquentée par 660 enfants.[i]

« Une bonne façon d’évaluer le stade de développement des élèves est de les faire jouer à des jeux de base comme lancer un ballon, courir, sautiller et jouer chacun son tour. À partir de cela, nous pouvons observer les activités auxquelles ils prennent plaisir et celles qui représentent un défi », suggère Mme Walsh.

Selon Matt Gugula, un enseignant spécialisé en ÉPS au Rockford Public School à Toronto, il est possible d’en apprendre beaucoup en observant les élèves sur le terrain de jeux. « J’en apprends beaucoup au sujet de leurs habiletés motrices fondamentales et de leur capacité à interagir socialement, » dit-il.

L’ÉPS établit des liens avec les quatre domaines.

Au fur et à mesure que l’on détermine les forces et les besoins des élèves, les activités d’ÉPS offrent des occasions aux éducateurs et aux enseignants d’établir des liens avec les quatre domaines du Programme de la maternelle et du jardin d’enfants :

  1. Appartenance et contribution ;
  2. Autorégulation et bien-être ;
  3. Manifestation des apprentissages en littératie et en mathématiques ;
  4. Résolution de problèmes et innovation.

« Les quatre domaines représentent une façon pour les éducateurs et les enseignants de structurer leur pensée au sujet de l’enseignement et de l’apprentissage, » explique Mme McNeill. « Il ne s’agit pas d’une façon de présenter les attentes et les contenus d’apprentissage, de diviser les périodes de la journée ou de diviser les responsabilités des éducateurs et des enseignants ».

Bien que l’ÉPS est plus étroitement associée à l’autorégulation et au bien-être, des liens peuvent être établis avec les quatre domaines. Par exemple, l’ÉPS est associée à l’appartenance et à la contribution puisque les élèves participent à des activités de groupe nécessitant de la coopération.

« Certaines de ces activités offrent une liberté aux élèves de faire preuve de créativité dans la façon dont ils jouent avec différents types d’équipement, » explique M. Gugula, soulignant la relation avec la résolution de problèmes et l’innovation. Par exemple, il se souvient d’une leçon pour laquelle il avait mis des cerceaux par terre dans le gymnase pour permettre aux enfants de s’entraîner à sauter, mais ils ont plutôt décidé de les utiliser pour en faire un long train avec lequel ils se sont déplacés dans le gymnase.

Et il y a d’autres activités qui soutiennent la manifestation des apprentissages en littératie et en mathématiques. Par exemple, les élèves peuvent écouter attentivement un récit pour déceler des mots décrivant un mouvement et effectuer ce mouvement en même temps que le récit leur est compté (« sauter », « courir », « s’immobiliser », etc.). Ils peuvent aussi explorer des mots utilisés pour décrire des endroits et des mouvements en réagissant et utilisant des mots décrivant des relations spatiales (p. ex., vers l’avant, vers l’arrière, à l’intérieur, à l’extérieur, en dessous, par dessus, rotation, tourner, glisser).

Le temps au gymnase permet de passer plus de temps à bouger et explorer.

Bien que l’ÉPS soit intégrée tout au long de la journée, l’occasion d’aller au gymnase (ou à un autre grand espace où l’on peut y faire des activités) pendant 30 minutes plusieurs fois par semaine offre des possibilités différentes d’apprentissage.

« Mes cours de maternelle et de jardin d’enfants comprennent des activités de jeu structurées et non structurées, visant à développer des habiletés motrices fondamentales particulières, » explique M. Gugula. « Par exemple, lancer et attraper, faire bondir ou rouler un objet, se déplacer, travailler de manière collaborative ».

Même les activités simples comme former une file pour marcher pour se rendre au gymnase, réagir à un signal (p. ex., tambourine, musique) leur indiquant de commencer ou d’arrêter, s’habituer à de nouveaux sons (p. ex., le son de ballons qui bondissent, des voix plus fortes qu’à la normale, de la musique) représentent une partie importante de l’apprentissage qui s’effectue au gymnase.

L’enquête mène à des leçons dynamiques et un apprentissage plus approfondi.

L’adoption d’une approche préconisant l’enquête est une bonne pratique d’enseignement pour toutes les années d’études, mais puisque les enfants de la maternelle et du jardin d’enfants ne font que commencer à explorer et découvrir, il peut être particulièrement utile de les encourager à poser des questions et de les aider dans leur démarche pour en trouver les réponses.

« Un exemple préconisant l’enquête en ÉPS pourrait être de donner une balle à un enfant et de lui demander ce qu’il peut faire avec celle-ci plutôt que de lui enseigner une habileté comme la façon de l’attraper, » explique Mme McNeill. Selon elle, les élèves sont généralement très enthousiastes à l’idée de faire part des connaissances qu’ils ont acquises antérieurement et de leurs nouvelles découvertes à leurs pairs. De plusieurs façons, l’apprentissage suit son propre cheminement et mène les élèves et les éducateurs/enseignants dans des directions inattendues.

« Dans le même ordre d’idée, lorsque nous explorons le bien-être et la santé, nous pouvons demander aux enfants de songer à la façon dont ils se sentent par rapport à certaines choses, de décrire les moments et les espaces leur procurant un sentiment de sécurité, de créer un espace dans la salle de classe qui leur donne ce sentiment et de reconnaître les signes leur indiquant que leur corps a besoin notamment d’eau, de nourriture ou de repos, » dit Mme McNeill.

Les enseignants spécialisés en ÉPS font partie de l’équipe responsable de l’apprentissage de la petite enfance à la maternelle et au jardin d’enfants.

L’équipe responsable de l’apprentissage à la maternelle et au jardin d’enfants est composée principalement d’un enseignant et d’un éducateur de la petite enfance, mais un enseignant spécialisé en ÉPS (si l’école a la chance d’en avoir un) peut en être un autre membre important. Comme l’explique M. Gugula, « Un enseignant spécialisé en ÉPS peut renseigner les enseignants de la maternelle et du jardin d’enfants et les éducateurs de la petite enfance à propos des ressources et des différentes possibilités pour favoriser le mouvement. Il peut aussi les informer au sujet de ce qui se trouve dans la salle d’équipement et des possibilités pour promouvoir le jeu actif en dehors du gymnase et du terrain de jeux. »

Du même coup, l’enseignant de la maternelle ou du jardin d’enfants ou l’éducateur de la petite enfance joue un rôle important en renseignant l’enseignant spécialisé en ÉPS (qui voit probablement des centaines d’élèves chaque semaine) au sujet des forces, des besoins et des champs d’intérêt des élèves. Comme le souligne Mme Walsh, « Je passe plus de temps avec les élèves que l’enseignant spécialisé. Je peux lui dire “Voici ce qui les intéresse” ou “Nous venons d’essayer de jouer à ce jeu. Pouvons-nous y jouer au gymnase ?” »

Il existe de nombreuses façons de documenter l’apprentissage.

Par le passé, l’ÉPS était une case représentant une matière sur le bulletin scolaire de l’élève. Cependant, maintenant que l’apprentissage est intégré à l’ensemble du programme, ce n’est plus le cas. De plus, l’évaluation à la maternelle et au jardin d’enfants ne repose pas sur les réalisations, mais plutôt sur les preuves montrant une progression dans l’apprentissage.

Cela signifie que tous les enseignants et les éducateurs de la maternelle et du jardin d’enfants travaillent toujours ensemble pour recueillir des preuves d’apprentissage des élèves dans une salle pleine d’enfants qui bougent constamment. « C’est une facette du travail qui présente son lot de défis, » reconnaît Mme McNeill. « Il y a toujours des contraintes de temps ».

Les propos de M. Gugula vont dans le même sens. « Tout se passe à vive allure dans mon école. Parfois, il est tout simplement impossible de s’asseoir et d’avoir une conversation au sujet de 90 élèves de la maternelle et du jardin d’enfants avec six enseignants et des éducateurs de la petite enfance ».

Certaines équipes responsables de la maternelle et du jardin d’enfants ne jurent que par des listes de contrôle, tandis que d’autres utilisent des feuillets autocollants ou une technique schématique faisant un suivi des activités des enfants partout dans la salle. D’autres encore font appel à la technologie, y compris diverses applications ou Google Docs pour faire le suivi et échanger de l’information. 

Cependant, pour Mme Walsh, une photo vaut mille mots. « J’ai toujours avec moi un appareil photo ou une tablette, » dit-elle. « Si je prends une photo, je peux voir qu’il peut lancer, qu’elle peut attraper, qu’ils collaborent, etc. Ces appareils fournissent de solides éléments de preuve ».

Les directions d’école peuvent être des modèles efficaces et apporter du soutien.

Les directions d’école et les administrateurs sont aussi des membres importants de l’équipe responsable de l’apprentissage. Ils peuvent s’assurer que l’environnement physique est sécuritaire et qu’il suscite de l’enthousiasme et la participation (p. ex., en octroyant des fonds pour de l’équipement approprié et des occasions de perfectionnement professionnel en matière d’ÉPS pour le personnel), et ils sont des modèles importants pour les élèves.

Comme l’explique Mme Walsh, « Ils peuvent faire une grande différence si les élèves les voient se déplacer à l’école avec une bouteille d’eau dans les mains, les entendent promouvoir des collations et des repas sains et parler de l’importance de prendre soin de nos corps. »

Selon Mme Ure, les directions d’école jouent également un rôle très important en encourageant les enseignants et les éducateurs à se rencontrer en petits groupes pour trouver des solutions innovatrices pour satisfaire aux besoins des élèves et ils peuvent aider à satisfaire aux besoins déterminés par les enseignants dans la salle de classe ou qui sont connus dans la communauté scolaire. À l’école de Mme Ure, il s’agit souvent d’aider à animer les soirées promouvant l’engagement des parents lors desquelles on discute de sujets comme la préparation de repas sains pour apporter à l’école ou de la façon d’encourager l’autorégulation.

Le jeu sécuritaire est la priorité

La sécurité demeure la principale priorité dans une salle de classe de maternelle ou du jardin d’enfants, et les membres de l’équipe responsable de l’apprentissage devraient s’assurer d’adopter des comportements sécuritaires et donner l’exemple aux élèves.

Les règles et les habitudes à suivre pour la salle de classe, le gymnase, les espaces communs et les espaces extérieurs doivent être cohérentes et être articulées clairement afin de favoriser la sécurité des élèves. Une façon de le faire est d’établir des règles de sécurité à suivre avec les élèves. « Je demande généralement au début de l’année ou de l’activité ce qu’ils croient devoir faire afin d’être en sécurité, » dit Mme Walsh. « Ils ont généralement les bonnes réponses. De plus, s’ils nous disent ce que sont les règles à suivre, ils sont plus susceptibles de les suivre, » ajoute-t-elle.

N’oubliez pas de demander du soutien.

Les enseignants et éducateurs devraient commencer en consultant le Programme de la maternelle et du jardin d’enfants. Comme l’explique Mme McNeill, « Il est conçu comme étant un outil d’apprentissage interactif. Le document comprend des liens URL, des vidéos, des articles, des questions de réflexion et des récits provenant de salles de classe des quatre coins de la province. »

« Je suggèrerais sans hésitation de consulter la Ressource d’apprentissage de la petite enfance », dit M. Gugula. La ressource porte sur des habiletés (courir, sauter), le corps et l’hygiène, mais elle fut conçue dans le but précis d’aider les équipes de la maternelle et du jardin d’enfants dans la mise en œuvre du Programme de la maternelle et du jardin d’enfants et elle peut être téléchargée gratuitement en français et en anglais.

Le guide À vous de jouer ensemble ! de Meilleur départ est conçu pour les parents, les fournisseurs de soins et les enseignants/éducateurs qui s’occupent d’enfants de 0 à 6 ans. Cette ressource en ligne promeut l’activité physique en proposant des renseignements, des conseils, des suggestions d’activités pour tous les espaces et des vidéos montrant l’information et les activités de façon concrète.

Et n’oubliez pas qu’en apprenant d’autres enseignants, éducateurs et membres de la communauté, vous tissez des liens et renforcez vos compétences. Vous pouvez parler à l’enseignante dans la classe d’à côté, contacter le bureau de santé publique pour des ressources ou même communiquer avec un éducateur à l’autre bout du monde. « Les communautés d’apprentissage professionnel sur les réseaux sociaux, tout particulièrement Twitter, m’ont été très utiles, » dit M. Gugula.

Des élèves de la maternelle et du jardin d’enfants en santé, des enfants en santé, des adultes en santé…

C’est difficile de rester assis lorsque le nouveau Programme de la maternelle et du jardin d’enfants, avec son approche intégrée axée sur la santé et le bien-être, nous donne raison de sauter et fêter. Après tout, lorsque l’apprentissage et une vie saine vont de pair, nous aidons les élèves à commencer du bon pied dans la salle de classe et nous leur transmettons le message qu’il est essentiel dans la vie de tous les jours de demeurer actif, de bien manger et de prendre soin de notre bien-être. Et ce sont des concepts que nos plus petits apprenants verront de façon concrète à l’école tout au long de leurs années d’apprentissage et que nous espérons qu’ils adopteront et conserveront dans leur vie adulte.

 


[i]Nous tenons à remercier Liisa Smith, enseignante-ressource pour l’enfance en difficulté au Fraser MustardEarly Learning Academy, pour ses contributions à cet article.