Réconciliation à l’école — La Commission de vérité et réconciliation et l’éducation physique et santé | Ophea.net

Réconciliation à l’école — La Commission de vérité et réconciliation et l’éducation physique et santé

Lundi, Février 5, 2018 - 13:54
Image de Dre Janice Forsyth

En 2015, lorsque la Commission de vérité et réconciliation (CVR) a terminé six années de travaux portant sur le régime des pensionnats indiens au Canada, elle a publié une série de rapports sur la façon d’aller de l’avant et de corriger les conséquences du colonialisme au Canada. L’éducation physique et le sport étaient des composantes importantes des rapports et des appels à l’action (recommandations), soulevant d’importantes questions quant au rôle de l’éducation physique et du sport dans le colonialisme au Canada par le passé et aujourd’hui. Par exemple, que doivent comprendre les enseignants d’éducation physique et santé (ÉPS) des rapports de la CVR ? Quels sont les liens entre l’éducation physique et le colonialisme ? Que doivent faire les enseignants d’ÉPS pour suivre les recommandations de la commission ?

Lors de la Conférence Ophea 2017, Dre Janice Forsyth, professeure agrégée et membre du conseil d’administration d’Ophea, nous a apporté des précisions sur les liens entre l’éducation physique et le colonialisme et sur les façons pour les enseignants d’ÉPS d’aborder les appels à l’action dans leur travail quotidien. Elle a parlé longuement du rôle historique de l’éducation physique dans le régime des pensionnats indiens au Canada ainsi que de la contribution possible des écoles, et particulièrement de l’éducation physique et santé, à la promotion de la vérité et de la réconciliation.

Nous étions très fiers de la participation de Dre Forsyth à la conférence. Son discours liminaire nous a donné beaucoup de matière à réflexion en ce qui concerne nos programmes et services.

Afin de prolonger l’apprentissage au-delà de la conférence, la présentation de Dre Forsyth fut enregistrée et nous lui avons demandé de nous parler des éléments principaux qui en sont ressortis, des apprentissages clés et de la suite des choses après la conférence.

Entrevue avec Dre Janice Forsyth :

Quels sont les trois principaux points que vous souhaitez que retiennent les délégués?

Les délégués de la Conférence Ophea étaient bouche bée à la fin de ma présentation. Ce fut une expérience extraordinaire. J’ai l’habitude de parler à mes étudiants qui ont été préparés pour discuter de l’histoire de la culture physique autochtone au Canada et à des personnes du gouvernement et du secteur des sports et de l’activité physique à but non lucratif qui possèdent déjà des connaissances de cette histoire. Ce moment de silence et de profonde réflexion fut donc véritablement instructif pour moi parce qu’il a mis en lumière la nécessité d’avoir une plus vaste campagne de sensibilisation qui explique comment l’éducation physique, un champ de connaissances spécialisé, est intrinsèquement liée au colonialisme au Canada. Il est important de comprendre le lien entre les deux, car il montre le rôle de l’éducation physique dans l’assujettissement des peuples autochtones, particulièrement dans le régime des pensionnats indiens au Canada, qui privilégiait la conception européenne de la culture physique, et les diverses réactions des peuples autochtones pour préserver leurs cultures et leurs identités.

Ce contexte historique ouvre la voie pour comprendre le présent, c’est-à-dire la façon dont l’éducation physique aide ou empêche les personnes autochtones d’être le peuple qu’elles souhaitent former. Les incidences de ce combat sont nombreuses, y compris des impacts sur le bien-être et la santé individuels et communautaires, l’éducation, la justice, la culture, le tourisme et le développement économique. Il ne fait aucun doute que d’autres impacts peuvent être ajoutés à cette liste.

Comment les enseignants et les administrateurs peuvent-ils utiliser les rapports de la Commission de vérité et réconciliation?

Les rapports de la Commission de vérité et réconciliation, publiés en 2015, représentent d’excellents points de départ pour lancer cette discussion. Comme enseignante, j’encourage toutes les personnes du secteur de l’éducation à lire au moins le sommaire du rapport (L’histoire, parties 1 et 2 proposent une version plus détaillée du sommaire) et de ne pas seulement chercher les sections portant le sport, les loisirs et l’activité physique. Ils doivent le lire dans son intégralité afin de comprendre le contexte plus large qui imprégnait le secteur de l’éducation physique d’un sentiment de pouvoir et se poser les questions suivantes : Comment notre domaine est-il impliqué dans le colonialisme au Canada ? Comment notre domaine peut-il et devrait-il être un espace productif pour la décolonisation du Canada ?   

Ce sont de grandes questions auxquelles il faut réfléchir. Pour ce faire, je propose trois points sur la façon de lire les rapports de la CVR et d’y songer en ce qui concerne l’éducation physique (ainsi que le sport et l’activité physique) :

  1. Les rapports de la CVR ne portent pas autant sur le régime des pensionnats indiens que sur le colonialisme au Canada. Ils expliquent les différences entre les colonisateurs et les peuples autochtones quant à leur compréhension et leurs approches relatives à la culture physique, ainsi que la façon dont, au fil du temps, les colonisateurs ont institutionnalisé leurs croyances dans des politiques et des pratiques. Par conséquent, leurs points de vue de ce qu’ils jugeaient être un comportement physique approprié ont eu un impact sur les relations qu’avaient les peuples autochtones avec leur terre, leur culture, leur identité, leur éducation et leur santé. Voici des questions utiles à se poser en lisant ces rapports : Quelles étaient les pratiques des autochtones sur le plan physique qui étaient ciblées par les colonisateurs et pour quelles raisons ? Comment les peuples autochtones ont-ils réagi à ces pressions, et quelles en furent les répercussions ? J’aime le terme « culture physique », car il offre une perspective plus large pour examiner un éventail de pratiques, dont la chasse, la pêche, les coutumes religieuses et l’éducation physique. Vous pouvez constater que l’on aborde bien plus que le régime des pensionnats indiens, et que pour comprendre l’histoire de l’éducation physique, il est nécessaire de prendre du recul et de comprendre le contexte plus large dans lequel le domaine prenait pied dans la vie des autochtones.
  2. Les enjeux abordés par les rapports de la CVR et les 94 appels à l’action découlant de ces rapports doivent être considérés comme interreliés et formant un tout, et non comme des éléments distincts opérants de façon indépendante. En d’autres mots, les enjeux relatifs à la santé sont aussi liés à l’éducation, à la protection de l’enfance et ainsi de suite. Cependant, il n’est pas très utile dans notre contexte de dire qu’il y a des liens entre tous les éléments. Il est préférable de se poser les questions suivantes : Comment l’éducation physique est-elle liée aux principaux enjeux abordés dans les rapports et les 94 appels à l’action ? De plus, comment les programmes d’éducation physique sont-ils bénéfiques ou nuisibles en ce qui a trait à ces enjeux ? Il est bon d’avoir un esprit critique lorsque l’on songe à la façon dont l’éducation physique est liée aux enjeux abordés dans ces rapports afin de déterminer comment aborder ces enjeux.
  3. Effectuez une recherche pour des mots particuliers dans les rapports de la Commission de vérité et réconciliation. Utilisez n’importe lesquels des documents, y compris les 94 appels à l’action. Mieux encore, effectuez une recherche dans tous les documents pour déterminer combien de fois le terme « éducation physique » est mentionné. Maintenant, répétez la démarche pour les termes « sport », « loisirs » et « activité physique ». Que dit la CVR (et qu’est-ce qu’elle ne dit pas ?) au sujet de l’éducation physique ? Comment interprétez-vous ces résultats ? Vous pourriez faire cette activité avec vos élèves pour voir ce qui en ressort pour eux. Quel est l’impact de la CVR sur les gens qui travaillent dans le secteur de l’éducation physique et qui souhaitent contribuer à la réconciliation ?

Comment souhaitez-vous que les délégués de la conférence utilisent l’information dans six mois ?

Selon les rapports de la Commission de vérité et réconciliation, l’éducation est essentielle pour comprendre ce qui s’est passé, et il est primordial de le comprendre pour apporter des changements. Pour les personnes du secteur de l’éducation physique, une première étape importante est de comprendre comment leur domaine a contribué (et contribue toujours) à la colonisation des peuples autochtones au Canada et comment ces derniers ont réagi. J’encourage les enseignants d’ÉPS à songer aux questions soulevées dans ces propos. La lecture et la réflexion sur ces questions et d’autres questions connexes constituent des actions ; c’est donc par où je commencerais. Je les encouragerais aussi à parler à leurs élèves de ces enjeux. Utilisez les questions soulevées ici comme point de départ pour ces discussions. Ce faisant, les élèves apprendront l’aspect théorique de l’éducation physique ; c’est-à-dire qu’il s’agit d’un domaine qui a bien plus à offrir que d’enseigner comment être actif la vie durant. Ils apprennent plutôt que l’éducation physique est en effet ce que les chercheurs décrivent comme étant une « zone de contact » où différentes valeurs, croyances et pratiques culturelles s’affrontent parfois et luttent pour leur légitimité et leur survie. La réconciliation vise à changer cette dynamique du pouvoir, mais cela ne se produit que lorsque les gens connaissent l’histoire de leur domaine. Alors, dans six mois, j’espère qu’une discussion sur cette histoire aura été lancée dans toutes les écoles de l’Ontario, et idéalement à travers le Canada. Cela ouvrirait la voie pour déterminer comment l’éducation physique peut contribuer à la réconciliation, quelle que soit la forme que cela prend dans chaque école et district.

Matériel de référence :

Ophea maintient son engagement envers la vérité et la réconciliation par l’entremise de l’éducation physique ainsi qu’à la promotion d’une vie saine et active pour tous les enfants et les jeunes en Ontario. Nous tenons à souligner que nous en sommes aux premiers stades de ces conversations et apprentissages et nous remercions tous ceux qui ont contribué à notre apprentissage jusqu’à maintenant. Nous sommes enthousiastes à l’idée de renforcer nos connaissances et notre capacité à favoriser la réconciliation en Ontario au cours des années à venir.

Cet article est adapté d’un billet publié sur le blogue de PARC.