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S’approprier le jeu

Mardi, Juin 2, 2015 - 10:39

En donnant des choix aux élèves en ÉPS, il est possible de favoriser un amour pour l’activité physique la vie durant

En tant qu’adultes, nous avons tous nos préférences lorsque vient le temps d’être actifs. Certains préfèrent faire une promenade, d’autres courir sur une longue distance… pour d’autres, il n’y a rien de mieux que la musique et les mouvements qu’ils font dans un cours de danse ou bien le rythme effréné d’un match compétitif de soccer. Cependant, nous avons tous une chose en commun; nous sommes tous attirés par des activités faisant partie de notre zone de confort et que nous croyons pouvoir faire avec un certain niveau de compétence et de réussite. C’est sans surprise qu’il en va de même pour les élèves.

Comme l’explique Marc-André Proulx, professeur d’éducation physique et conseiller d’orientation à l’École Saint-Dominique-Savio à Owen Sound en Ontario, « Il faut que les élèves s’investissent et qu’ils aiment ce qu’ils font pour pouvoir faire la promotion d’un mode de vie sain et actif la vie durant ».

Heureusement, grâce au programme-cadre d’éducation physique et santé (ÉPS) de 2015, qui promeut l’approche Apprendre et comprendre par le jeu axée sur l’enseignement d’habiletés, ainsi qu’à l’éventail de ressources disponibles pour les enseignants favorisant l’idée de donner des choix aux élèves, les cours actuels d’éducation physique et santé sont conçus de façon à permettre aux élèves d’acquérir une étendue d’habiletés motrices fondamentales tout en répondant à leurs divers besoins et intérêts.

Comment peut-on donner des choix aux élèves?

Tous les élèves de l’Ontario doivent satisfaire aux attentes énoncées dans le programme-cadre d’ÉPS tout en acquérant leur savoir-faire physique, c.-à-d. la capacité de bouger de façon compétente et avec assurance dans un grand éventail d’activités physiques. Lorsqu’on parle de donner des choix aux élèves, il n’est pas question de laisser le choix aux élèves des attentes qu’ils doivent satisfaire, et il n’est pas question non plus de laisser les élèves faire ce qu’ils veulent dans le gymnase. Au contraire, en offrant des choix aux élèves, l’éducateur adopte une approche plus soigneusement planifiée et structurée.

Selon Andrea Häefele, enseignante en Éducation physique et santé (EPS) au Highgate Public School à Markham en Ontario, « Donner des choix aux élèves est un élément important de l’enseignement différentié. Les élèves peuvent faire la preuve de leur apprentissage de diverses façons afin de réussir ».

Par exemple, lors de l’enseignement des habiletés associées à la précision qui sont nécessaires pour la pratique de jeux de cible comme le golf, la boccia et les quilles, plutôt que de demander aux élèves de lancer un sac de fèves à travers un cerceau à partir de distances et selon un système de pointage prédéterminés, un éducateur peut laisser aux élèves l’occasion de choisir un élément de l’activité. Par exemple, ils pourraient lancer un poulet de caoutchouc plutôt qu’un sac de fèves à travers un cerceau, ou bien ils pourraient travailler en groupes pour déterminer leur système de pointage et les distances à partir desquelles ils lanceront l’objet pour atteindre la cible. Idéalement, ces activités devraient s’adresser à tous les niveaux d’habiletés, des habiletés de base aux habiletés les plus avancées. Les élèves peuvent prendre part à toutes les activités, mais lorsque vient le temps de faire l’évaluation, ils pourraient choisir l’activité avec laquelle ils se sentent le plus à l’aise et pour laquelle ils se sentent les plus compétents. De cette façon, tous les élèves font l’apprentissage et la démonstration des concepts tactiques, des habiletés motrices et des stratégies de base, mais de différentes façons.

De quelles façons peut-il être bénéfique de donner des choix aux élèves?

Un des bienfaits les plus importants de donner des choix aux élèves est que cela donne l’occasion à chacun de réussir. Selon David Inglis, coordonnateur de l’apprentissage en matière d’éducation physique et santé (J-12) pour le Thames Valley District School Board, « La confiance engendre la compétence. Si les enfants ont confiance dans leur capacité à participer, ils sont plus susceptibles de continuer à participer ». Selon l’expérience de M. Inglis, cela peut se traduire en un plus grand nombre d’élèves qui s’inscrivent au cours d’ÉPS, même après qu’ils aient complété avec succès le cours obligatoire de 9e année.

Qui plus est, bien que les élèves puissent choisir de passer d’un niveau à l’autre ou bien de changer d’activités à leur guise, même si un élève choisit de demeurer au niveau le moins avancé lorsqu’il fait l’apprentissage d’une habileté, tous les élèves dans le gymnase réalisent en fin de compte le même apprentissage et ils demeurent actifs et participent pendant tout le cours.

De plus, bien que la mise en place de diverses activités et stations pour répondre aux divers niveaux d’habileté puisse nécessiter plus de travail au préalable de la part des enseignants à court et à long terme, le jeu en vaut la chandelle, car les élèves en sortent non seulement plus compétents et confiants, mais également plus autonomes.

En effet, Mme Häefele croit que l’acquisition d’un savoir-faire physique de cette façon se compare à apprendre la lecture dans un cours de langue. Comme elle l’explique, « Si vous enseignez aux enfants comment lire dans votre cours de langue, vous ne leur enseignez pas seulement à lire Ours brun, dis-moi… Vous leur montrez également à mettre en pratique les habiletés liées à la compréhension comme prédire, faire des inférences et établir des liens. Votre objectif final est qu’ils soient en mesure de transférer ces habiletés de façon à bien comprendre une recette, une publicité, ou bien un article dans le journal. Il en va de même en éducation physique. Vous voulez qu’ils soient en mesure de pratiquer n’importe quel sport ou faire n’importe quelle activité de leur choix ».

Apprendre et comprendre par le jeu

Une autre façon importante par laquelle les éducateurs aident les élèves à acquérir et renforcer leur savoir-faire physique est par le biais du modèle Apprendre et comprendre par le jeu (ACpJ). Ce modèle regroupe les jeux en quatre catégories dont la pratique fait appel à des habiletés et stratégies semblables : les jeux d’invasion/territoire, les jeux pour frapper/attraper, les jeux de cible et les jeux au filet/mur. Le modèle préconise une approche dans laquelle les éducateurs utilisent divers types de jeux et d’activités pour enseigner les habiletés fondamentales dans chaque catégorie de jeux.

Comme l’explique M. Proulx, « Essentiellement, nous modifions des sports traditionnels et nous mettons l’accent sur la pensée critique et les habiletés de base que l’on peut transférer d’un jeu à l’autre ».

Selon M. Inglis, « Le tout repose sur un enseignement graduel. Au fur et à mesure que les élèves sont plus à l’aise à pratiquer le jeu et que l’on introduit les divers concepts, on peut leur demander de penser à ce qui arriverait si l’on agrandissait l’aire de jeu ou si l’on utilisait d’autre matériel ou équipement. C’est alors qu’ils s’approprient le jeu ».

Aider les élèves à voir les bienfaits d’avoir des choix

Bien entendu, bien que de nombreux bienfaits découlent du fait de donner des choix aux élèves, cette approche occasionne également son lot de défis. Comme l’explique M. Inglis, « Les enfants qui ne veulent pas se mettre au défi représentent le plus grand défi. Il y a des élèves qui voudront toujours faire l’activité qu’ils croient être la plus facile. Ils ne veulent pas se donner à fond et essayer quelque chose d’un peu plus difficile ». Pour aider les élèves à surmonter ces craintes, M. Inglis leur demande de rédiger un journal mensuel ou bimensuel portant sur leurs réflexions relativement à leur niveau de participation.

Selon M. Proulx, « Le manque d’ouverture d’esprit des élèves qui sont tellement “coincés” dans les versions traditionnelles des sports qu’ils sont incapables de voir les bienfaits de l’approche représente un autre défi ». Celui-ci a constaté que cela s’avère particulièrement le cas au secondaire, où les élèves sont incapables au début de comprendre pourquoi ils effectuent des passes avec un poulet en caoutchouc quand ils pourraient jouer à un « vrai » match de rugby. Cependant, il est possible de susciter la participation et l’enthousiasme des élèves en ayant des discussions avec eux sur la façon dont l’acquisition de ces habiletés et stratégies de base pourra leur permettre d’ensuite les appliquer dans divers jeux

RécréAgir : Des idées d’activités simples qui donnent des choix aux élèves

Si l’idée de créer des activités pour différents niveaux d’habiletés vous semble une tâche colossale, n’ayez crainte. Il y a de nombreuses ressources pouvant vous aider à donner des choix aux élèves.

RécréAgir est une de ces ressources. Celle-ci est gratuite, elle est offerte en français et en anglais et elle propose de nombreuses activités conçues pour l’élémentaire et le secondaire. RécréAgir aide les enfants et les jeunes à mieux comprendre et à acquérir les habiletés et les stratégies qui sont associées à la pratique d’un grand éventail d’activités physiques et de sports. Cette ressource est idéale pour les éducateurs, les fournisseurs de services de loisirs, les entraîneurs et les promoteurs de l’activité physique et elle adopte l’approche Apprendre et comprendre par le jeu.

RécréAgir comprend 70 fiches d’activités et des appuis visuels qui établissent des liens avec le programme-cadre, les Directives canadiennes en matière d’activité physique et des sports/parasports faisant partie des Jeux panaméricains et parapanaméricains de 2015 à Toronto. Les fiches d’activités de RécréAgir donnent des options et suggèrent des pistes aux enseignants pour leur permettre d’offrir des choix aux élèves. La ressource souligne la responsabilité de l’enseignant d’agir en tant que facilitateur et de maximiser la participation et le plaisir en modifiant les activités de diverses façons afin d’offrir divers niveaux de difficulté. La ressource permet également aux élèves d’apporter leurs propres modifications, les aidant ainsi à s’approprier leur apprentissage. En dernier lieu, la ressource comprend des questions ouvertes à poser aux élèves pour les aider à explorer, découvrir, créer et mettre en pratique des mouvements et des solutions tactiques.

Souligner les Jeux panaméricains et parapanaméricains tout en promouvant le choix aux élèves et l’activité physique

Les évènements sportifs de grande envergure, comme les Jeux panaméricains et parapanaméricains de 2015, donnent l’occasion aux élèves de voir les participants faire la pratique d’un vaste éventail de sports et d’établir des liens avec ce qu’ils apprennent dans leurs cours d’éducation physique. Lorsqu’ils établissent ces liens, les évènements sportifs leur apparaissent bien plus pertinents. Comme l’explique M. Inglis, « Lorsque cela se produit, l’intérêt des élèves est accru. Les élèves s’investissent davantage et l’on observe une plus grande réussite ».

Le gouvernement de l’Ontario et TORONTO 2015 ont créé un programme pour aider chaque enfant à devenir un enfant pan/parapanaméricain. Ce programme comprend quatre ressources visant à aider les éducateurs à tirer le plus profit de la participation et de l’intérêt accrus des élèves. RécréAgir est l’une des quatre ressources permettant aux enfants et aux jeunes de se renseigner sur différentes activités sportives, récréatives et culturelles, et d’y participer, avant, pendant et après les Jeux de Toronto de 2015.

Les écoles et les communautés sont encouragées à utiliser les ressources du programme Enfants PPA pour les aider à prendre part aux festivités entourant les Jeux et pour participer le 12 juin à une Journée panaméricaine #PanAmDay.

Des choix pour les élèves, la réussite des élèves, et une participation la vie durant

« Pour moi, donner des choix aux élèves signifie que l’on donne une voix aux élèves », explique Mme Häefele. « Si les enseignants prennent un peu de retrait et deviennent des facilitateurs plutôt que des meneurs, les élèves prennent une plus grande place dans leur apprentissage ».

Cela se traduit en des élèves ayant de meilleures habiletés motrices fondamentales et qui se sentent plus à l’aise de prendre part à différents sports et différentes activités, non seulement à l’école, mais également au foyer et dans la communauté.

En offrant des options aux élèves (dans un contexte structuré), les enseignants les encouragent à faire appel à leurs connaissances d’eux-mêmes pour déterminer le niveau de difficulté qui leur sera optimal et pour choisir les activités qu’ils préfèrent. Et lorsque les élèves s’amusent, ils sont beaucoup plus susceptibles de continuer à participer à des activités physiques au cours de leur enfance, de leur adolescence et de leur vie adulte. En promouvant un amour pour l’activité physique à un jeune âge, on peut avoir un impact sur des générations à venir. Comme l’explique M. Proulx, « S’ils s’amusent dans le cours d’éducation physique lorsqu’ils sont des enfants, ils sont plus susceptibles de faire faire de l’activité physique à leurs enfants lorsqu’ils deviennent des parents ».

Heureusement, grâce à des ressources comme RécréAgir, aux modèles comme Apprendre et comprendre par le jeu et aux évènements passionnants comme les Jeux panaméricains et parapanaméricains, il n’a jamais été plus facile pour les éducateurs de promouvoir un amour pour l’activité physique.

Pour conclure, Mme Häefele dit, « Ce qui est formidable à propos de Récréagir, du modèle ACpJ et des Jeux panaméricains et parapanaméricains, est qu’ils peuvent être intégrés à chaque année scolaire et dans divers environnements. Il se peut que vous deviez apporter quelques modifications, mais les concepts qu’ils promeuvent enrichissent le répertoire de tout enseignant, sans égard pour l’année scolaire pour laquelle ils enseignent ».