Travailler ensemble, marcher ensemble | Ophea.net

Travailler ensemble, marcher ensemble

Mardi, Septembre 2, 2014 - 11:39

La façon dont le transport actif renforce les communautés et aide les élèves de la région de York à mener des vies actives et en santé

Encore une fois, quand il en vient à utiliser divers modes de transport actif comme marcher ou faire du vélo pour se rendre à l’école, le Bulletin de Jeunes en forme Canada[i] a décerné une note d’échec, soit un D, aux enfants canadiens, ainsi qu’un D- pour l’ensemble de l’activité physique.

 « Seulement sept pour cent des enfants et des adolescents canadiens font les 60 minutes d’activité physique quotidienne recommandées », explique le Dr Richard Gould, MD, M.Sc.S., FRCPC, médecin-hygiéniste adjoint, municipalité régionale de York. « En se rendant à l’école à pied ou en vélo, on peut intégrer de façon routinière dans la journée l’activité dont on a besoin ».

De plus, l’augmentation de l’activité physique pour les enfants n’est qu’un des bienfaits du transport actif. Les écoles dans la région de York, là où un travail étroit de collaboration s’effectue afin de promouvoir le transport actif, observent des résultats excédant de loin leurs attentes. Parmi les bienfaits observés, on note une plus grande concentration en classe et le renforcement des liens communautaires. En effet, certaines des initiatives en cours sont responsables de changements à l’aménagement des communautés, créant ainsi un environnement plus favorable aux piétons pour l’ensemble des habitants.

Pourquoi les élèves ne marchent-ils pas davantage?

Bien que nous sachions tous qu’il est essentiel de demeurer actif pour assurer notre santé et notre bien-être, et que la marche ou le vélo sont d’excellentes façons de faire de l’exercice, lorsque nous devons composer avec nos horaires chargés et les matins effrénés, il n’est pas surprenant que pour bien des familles, conduire les enfants à l’école peut sembler l’option la plus rapide, la plus simple et la plus sécuritaire.

« Une chose que l’on remarque, c’est la perception des parents de ce qui est sécuritaire », explique Teija Cumming, infirmière de la santé publique - communautés saines et actives, pour la région municipale de York. « Il y a également des obstacles liés aux attitudes. Il peut sembler plus facile de conduire. Au Canada, nous avons une “culture de commodité” ».[ii]

Le mauvais temps, la difficulté à pousser les poussettes pour les frères et sœurs cadets, les longues distances à parcourir pour se rendre à l’école dans les communautés rurales et le manque d’infrastructures adéquates (p. ex., feux pour piétons, supports à vélos, réseaux de trottoirs reliés) sont des raisons fréquemment données comme étant des obstacles au transport actif dans les communautés plus anciennes. Dans les nouvelles subdivisions, une infrastructure adéquate et des installations de marche pour les piétons (sentiers et trottoirs) sont des éléments qui sont abordés lors du processus de planification.

Quels sont les bienfaits pour les élèves de marcher (ou de faire du vélo, de la trottinette, de la planche à roulettes ou de sautiller) pour se rendre à l’école?

Les écoles qui promeuvent le transport actif constatent que les bienfaits qui y sont associés agissent pour contrer les obstacles. Par exemple, il peut être plus commode de marcher que de conduire pour se rendre à l’école, puisque les embouteillages autour des écoles peuvent être réduits lorsque plus de familles adoptent la marche. De même, une récente étude de l’hôpital pour enfants de Toronto (Sick Kids) a montré que le nombre d’accidents impliquant des enfants piétons n’augmente pas dans les quartiers où il y a plus d’enfants qui marchent pour se rendre à l’école. Au contraire, des accidents sont moins susceptibles d’arriver, grâce, en partie, à la vigilance accrue des conducteurs.[iii]

Selon Laura Lueloff, une ambassadrice auprès de la communauté pour la promotion du conditionnement physique et parent qui se fait championne d’initiatives au Rick Hansen Public School à Aurora, « Cela promeut non seulement la sécurité des enfants, mais aussi celle des adultes. Plus nous avons de trafic pédestre, moins on a recours au transport en véhicule. Donc, moins de trafic et moins de danger potentiel ».

Les craintes des parents relativement à la sécurité dans les quartiers se dissipent dans bien des cas lorsque la marche est intégrée régulièrement dans le quotidien d’une famille. « Ils apprennent à mieux connaître leur communauté et ils découvrent les routes les plus appropriées et les plus sécuritaires pour se rendre à l’école », dit Mme Cumming. Le transport actif est aussi une façon naturelle pour les parents de transmettre de l’information en matière de sécurité à leurs enfants. Selon Mme Cummings, « Lorsque nous marchons, nous éduquons nos enfants. Ils acquièrent des connaissances sur le transport durable et ils apprennent à gérer l’environnement ». L’utilisation d’un mode de transport actif les jours où les conditions météorologiques sont moins qu’idéales peut même aider les enfants à apprendre l’importance de faire des choix appropriés relativement à leur tenue vestimentaire.

Il y a également des bienfaits sociaux liés au transport actif, y compris plus de temps passé en famille et avec les parents, ainsi que plus d’occasions de faire connaissance avec les voisins.

Comment pouvons-nous inciter plus de familles à adopter la marche?

En 2010, un projet pilote de planification du transport scolaire fut mené dans la région de York. Les résultats furent diffusés à l’échelle nationale par Green Communities Canada. On a constaté une réduction de 28 % de l’utilisation d’autos, une augmentation de 20 % du nombre d’enfants se rendant à l’école à pied « les mercredis de la marche », et un changement important dans les habitudes dans les trois premières semaines, passant d’un taux de 70 % faisant appel à la conduite pour se rendre à l’école à 70 % faisant appel à la marche pour s’y rendre.

Comment y sont-ils arrivés? Dans la région de York, la clé de la réussite fut de travailler ensemble. Comme l’explique Jamal Massadeh, analyste du trafic et du transport pour la ville d’Aurora, « Les conseils scolaires, neuf municipalités des environs et la région de York collaborent sur une base continue pour sensibiliser la population aux routes actives et sécuritaires pour l’école ».

Les écoles de la région de York ont également la chance d’avoir Sonia Sanita, facilitatrice pour un aller-retour actif et sécuritaire à l’école, qui travaille conjointement avec les conseils scolaires publics et catholiques. Elle aide les écoles à promouvoir le transport actif et facilite le processus de planification du transport scolaire. De plus, elle agit en tant qu’agente de liaison entre les écoles et les infirmières de la santé publique qui peuvent fournir des ressources et offrir des programmes. Elle collabore également avec les employés municipaux et ceux de la région de York pour aider à rendre la communauté plus sécuritaire en déployant des efforts visant à améliorer l’infrastructure pour faciliter le déplacement des piétons et des cyclistes, et elle soutient le travail d’évaluation du milieu bâti autour des écoles.

Dans le cadre du travail collectif effectué dans la région de York, la ville d’Aurora a mis en œuvre une politique sur la planification du transport scolaire qui a entraîné des améliorations à la façon dont le trafic est géré autour des écoles et une stratégie globale visant à encourager une plus grande activité piétonnière. Un sous-comité comprenant des représentants de la municipalité, de la santé publique et des conseils scolaires dirige ces efforts.

 Les 5 piliers du transport actif

Au sein des écoles de la région, le travail d’équipe a déjà donné d’excellents résultats. Par exemple, au  Rick Hansen Public School, un groupe d’éducateurs et de parents bénévoles a fait une priorité et une fierté de promouvoir le transport actif.

Rick Hansen est une nouvelle école, construite dans un nouveau lotissement à Aurora. Depuis qu’elle a ouvert ses portes il y a deux ans, le personnel s’est fait le champion de diverses initiatives relativement à un mode de vie sain. L’école a gagné en 2013 le prix « Active School Travel » (transport actif scolaire) de Green Communities Canada et de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC. La certification Or ÉcoÉcoles de l'Ontario en reconnaissance de ses pratiques environnementales a également été décernée à l’école.

Le directeur de l’école, Steve Gardner, explique, « L’activité physique et un mode de vie sain sont au cœur de tout ce que nous faisons. Nous avons déployé des efforts afin de créer un sentiment d’appartenance à la communauté dès le début ».

L’école Rick Hansen a un comité pour des écoles saines et actives, dont les parents bénévoles se font les champions. En faisant appel à des documents de planification du transport scolaire, le groupe a monté et mené des activités visant à promouvoir le transport actif. De nombreuses ressources relativement au transport scolaire actif et sécuritaire font la promotion du transport actif à l’aide des cinq piliers suivants : l’encouragement, l’aménagement, l’éducation, le contrôle et l’évaluation. « Nous les avons suivis presque qu’à la lettre », explique Mme Lueloff.

Un peu d’encouragement peut mener loin.

L’encouragement est le premier pilier de la promotion. À l’assemblée mensuelle visant à promouvoir un trait de personnalité, deux parents bénévoles font une prestation très attendue pour féliciter des élèves et souligner leurs choix sains et diffuser le message au sujet d’initiatives de marche à l’école et pour des écoles saines qui auront lieu prochainement. Ces évènements comprennent des mercredis de la marche qui ont lieu sur une base régulière et qui intègrent de nouveaux thèmes pour maintenir un haut taux de participation chez les élèves. « Nous avons pensé à intégrer un thème de danse de conga ou une chasse au trésor dans le quartier que toutes les familles peuvent effectuer en se rendant à l’école », dit M. Gardner.

Un de ces évènements fut un mercredi de la marche qui a eu lieu lors d’une des journées les plus froides de l’hiver. Malgré la température froide, ce fut l’un des évènements de marche à l’école ayant remporté le plus de succès au cours de l’année. « Nous avons peinturé sur la neige et nous avions intégré un thème olympique », se rappelle M. Gardner. « C’est la preuve que si vous mettez en place les bonnes conditions, ils vont participer! »

L’aménagement et le contrôle sont essentiels.

Pour ce qui est des deux prochains piliers, l’aménagement et le contrôle, l’école Rick Hansen travaille avec la municipalité pour répondre aux préoccupations au sujet d’une intersection où il y aurait peut-être besoin d’un arrêt dans toutes les directions, et les parents bénévoles font pression pour qu’il y ait un brigadier scolaire afin d’améliorer la sécurité des élèves.

En ce qui concerne l’aménagement, Mme Cummings explique, « Là où de nouveaux supports à vélo ont été ajoutés, les embouteillages sont passés de la rue aux supports à vélo », en parlant d’une autre façon dont l’école locale a réussi à modifier son environnement afin de promouvoir le transport actif. Pendant ce temps, voyant que leurs supports à vélo jouissaient d’une grande popularité, le Rick Hansen Public School décida d’aller encore plus loin.

« De nombreux élèves font de la trottinette ou de la planche à roulettes pour se rendre à l’école », explique M. Gardner. Pour encourager ces modes de transport actif, l’école a réservé un grand corridor près d’une porte d’entrée pour permettre aux élèves de « stationner » leur trottinette et leur planche à roulettes. On l’appelle « La ruelle des trottinettes », dit M. Gardner, en parlant du mur de 40 pieds où les planches à roulettes et les trottinettes sont accrochées de façon sécuritaire sur des crochets pendant la journée d’école.

L’éducation joue un rôle essentiel.

Lors des assemblées, les parents bénévoles éduquent également les élèves sur l’impact positif du transport actif. À titre d’exemple, Mme Lueloff explique, « Moi et Helena Barkla, un autre parent qui se fait championne d’initiatives à l’école, avons calculé que si chaque élève marchait cinq jours par mois nous économiserions en essence et nous éliminerions plusieurs kilos de pollution. Nous tentons d’établir ces liens avec l’espoir de susciter davantage l’intérêt des enfants à adopter le transport actif ».

L’an dernier, l’école a également organisé un carnaval de vélos pendant deux jours pendant lequel les élèves en ont appris davantage sur la sécurité routière, sur la façon d’entretenir un vélo et sur l’importance de porter un casque et bien plus encore. « Je n’oublierai jamais la joie et l’excitation d’un enfant qui a appris comment se déplacer sur son vélo à deux roues pour la première fois », de dire Mme Lueloff.

Les éducateurs cherchent également de façon régulière des occasions d’établir des liens entre des initiatives de marche à l’école et d’autres initiatives relativement à un mode de vie sain et le programme-cadre. Par exemple, les 25 minutes d’APQ qu’effectuent tous les élèves de l’école sont souvent consacrées à la marche, et les résultats d’un défi du podomètre du personnel se sont retrouvés dans des leçons de mathématiques dans le cadre d’une unité portant sur la gestion de données.

 Le tout commence par l’évaluation.

Pour le dernier pilier, l’évaluation, une des activités du comité fut de créer un sondage pour les familles. Celui-ci avait pour but de connaître ce qui les empêchait d’utiliser un mode de transport actif pour se rendre à l’école et retourner à la maison. À partir du moment où le comité a compris ce qu’étaient les obstacles auxquels les familles étaient confrontées (p. ex., contraintes de temps, mauvaises conditions météorologiques, préoccupations relativement à la sécurité et l’infrastructure), celui-ci était mieux en mesure de travailler à éliminer les obstacles et de répondre aux préoccupations.

Les parents et les enseignants ouvrent la voie.

Bien que certains éducateurs dans la région de York ont déjà constaté une amélioration quant au bien-être des élèves, ce sont les bienfaits du transport actif sur l’ensemble des communautés scolaires qui pourraient s’avérer les plus importants. Après tout, quand les parents et les enseignants prennent l’initiative de mener par l’exemple, ils en récoltent des bienfaits aussi, et cela encourage les enfants à faire du transport actif une habitude qu’ils garderont toute leur vie. C’est de cette façon que même les petits gestes peuvent avoir un grand impact.

Comme l’explique M. Gardner : « Nous vivons dans un monde qui bouge à toute allure. La commodité des véhicules ne fait aucun doute. Nous ne sommes pas assez naïfs pour croire que toutes les familles de notre école sont en mesure de marcher tous les jours ». C’est pour cette raison que l’école a lancé une initiative du nom de Park and Walk a Block (Garez-vous et marchez un coin de rue). « C’est un genre de mode de transport hybride; une façon d’appuyer les familles », explique M. Gardner en parlant de l’initiative qui encourage les parents qui se rendent à l’école en véhicule à garer leur auto plus loin sur la rue (là où le stationnement est permis) et à marcher un ou deux coins de rue avec leurs enfants pour se rendre à l’école.

De même, les enseignants de l’école font ce qu’ils peuvent pour être des modèles pour le transport actif. « Les gestes sont bien plus éloquents que les paroles! » dit Mme Lueloff. « En tant que parent, c’est très utile d’être en mesure de parler à mes enfants de la façon dont leur enseignant d’ÉPS se rend à l’école en vélo, ou bien qu’il y a des enseignants qui vont courir pendant leur heure de repas ».

Demandez de l’aide pour trouver des ressources.

Si une école cherche à faire la promotion du transport actif, la meilleure façon de commencer est de demander de l’aide. Les bureaux de santé publique locaux sont d’excellents endroits pour obtenir des ressources, tout comme les organismes tels qu’Écoliers actifs et en sécurité, Canada Walks (en anglais seulement) et Walk Friendly Ontario (en anglais seulement).

« Commencez par les personnes les plus près », suggère Mme Lueloff. « Essayez de convaincre certains parents de s’impliquer. Trouvez des membres du personnel qui partagent cette philosophie et qui peuvent servir de modèles, puis élargissez vos horizons et cognez à d’autres portes pour voir quels types de ressources votre ville peut vous offrir ».

Mme Cumming abonde dans le même sens : « Une des choses les plus importantes à laquelle nous devons penser lorsque nous travaillons à la promotion du transport actif dans nos écoles est de s’assurer d’avoir un groupe de parties prenantes engagées pour faire le travail collectivement. On ne peut pas agir de façon isolée ». Après tout, il en est de la responsabilité de chacun de bâtir une communauté saine et sécuritaire, et lorsque nous créons un environnement qui encourage toutes les personnes à marcher, nous en sortons tous gagnants. 


[i] 2014 Active Healthy Kids Canada Report Card on Physical Activity for Children and Youth. Toronto: Active Healthy Kids Canada, 2014.  

[ii] 2014 Active Healthy Kids Canada Report Card on Physical Activity for Children and Youth. Toronto: Active Healthy Kids Canada, 2014. 

[iii]Kane, Laura. Kids’ rates of walking to school not linked to crashes: study. Toronto Star, April, 2014.