Un espace sécuritaire pour jouer, apprendre et grandir | Ophea.net

Un espace sécuritaire pour jouer, apprendre et grandir

Lundi, Octobre 5, 2015 - 15:00

La façon dont les éducateurs peuvent créer des milieux sécuritaires sur le plan physique et sécurisants sur le plan émotionnel en ÉPS.

Nous apprenons mieux lorsque nous nous sentons inclus et en sécurité. Ce fait est au cœur du programme-cadre d’éducation physique et santé (ÉPS) de l’Ontario de 2015 pour les élèves de l’élémentaire et du secondaire. En effet, un des principes fondamentaux sur lequel est fondé le programme-cadre stipule que l’apprentissage efficace en éducation physique et santé repose sur la sécurité physique et émotionnelle. Cela signifie que, quels que soient leurs différences individuelles, leurs champs d’intérêt et leurs capacités, lorsque les élèves d’aujourd’hui entrent dans le gymnase ou la salle de classe du cours de santé, ils peuvent s’attendre à se sentir inclus et en sécurité, sachant qu’ils sont en mesure de réussir.  

Pour prendre part avec plaisir à l’ÉPS, il faut se sentir en sécurité.

Bien qu’une priorité doive être accordée à s’assurer que les élèves se sentent soutenus et en sécurité dans toutes les matières d’enseignement, de plusieurs façons, cette priorité est particulièrement importante en ÉPS. Après tout, si nous souhaitons que nos élèves acquièrent un savoir-faire physique (la capacité de bouger avec compétence et avec confiance dans le cadre d’une gamme élargie d’activités physiques), ils doivent tout d’abord se sentir assez en sécurité pour prendre des risques et commettre des erreurs devant leurs camarades de classe. « Contrairement à d’autres matières, il est impossible de se cacher derrière un livre ou un pupitre en éducation physique », souligne Kathy Doherty-Masters, une conseillère en matière de vie saine et active au Waterloo Catholic District School Board. Dans le gymnase, l’apprentissage des élèves s’effectue sous le regard de tous.

Entre-temps, dans la salle du cours de santé, on aborde un éventail de sujets, et que ce soit le développement et la santé sexuelle ou la saine alimentation, les éducateurs doivent agir prudemment. Comme l’explique Heather Gardner, conseillère en matière du programme-cadre pour Ophea, « Ce qui peut être un sujet délicat pour une personne ne l’est pas nécessairement pour une autre ». Par exemple, apprendre comment faire des choix alimentaires sains peut être un sujet délicat pour un élève dont la famille a peu de moyens pour faire son épicerie, et il peut être difficile pour un élève de discuter de toxicomanie si sa famille est touchée par le sujet. Il est important de créer un milieu dans lequel les élèves peuvent se sentir en sécurité de poser des questions et d’exprimer leurs opinions, quels que soient leurs origines et leur vécu.

Cependant, ce qui est le plus important, c’est que le programme-cadre est fondé en partie sur la vision globale voulant que tous les élèves développent la compréhension, la capacité et la volonté nécessaires pour mener une vie saine et active. Si les élèves ne se sentent pas en sécurité, ils craindront l’ÉPS plutôt que d’y prendre part avec plaisir, et c’est un gros problème. Comme l’explique Russ Minnis, un enseignant en ÉPS à l’École St-Jean-Baptiste à Amherstburg en Ontario, « [Étant des enseignants en ÉPS] nous sommes ceux qui sont responsables de s’assurer que nos enfants apprennent le contenu qui va leur permettre d’adopter des habitudes pour être actifs et en santé la vie durant. Si nos pratiques ne font pas en sorte que les élèves se sentent en sécurité, on pourrait perdre une génération entière d’élèves ».

Il faut jouer de façon sécuritaire en gérant les risques, tout en faisant croître le plaisir.

Bien que tout environnement d’activité physique comporte des risques inhérents, il existe des façons simples pour les éducateurs de minimiser le risque tout en aidant les élèves à apprendre des pratiques sécuritaires en cours de route.

« Tout d’abord, consultez les Lignes directrices sur la sécurité en éducation physique et santé de l’Ontario ainsi que les pratiques de votre conseil scolaire en matière de sécurité pour vous assurer que vous respectez les normes minimales pour la prévention des risques », dit Mme Gardner. Ces lignes directrices sont disponibles en ligne gratuitement et elles aident les enseignants, les superviseurs d’activités intramuros et les entraîneurs à porter leur attention sur des pratiques sécuritaires pour chaque activité.

Les éducateurs peuvent ensuite les utiliser comme des lignes directrices minimales à partir desquelles ils peuvent ajouter des mesures de protection additionnelles, comme établir des règles de jeu. « Dans mon gymnase, nous avons une règle sur l’intensité appropriée », explique M. Minnis. « Qu’il s’agisse du hockey en salle ou du basketball, nous jouons seulement avec une intensité pour demeurer actif et en sécurité. »

Plusieurs écoles ont également des comités responsables de la sécurité; c’est une excellente façon d’assurer que la sécurité devienne une responsabilité partagée. Comme l’explique Mme Doherty-Masters, « Chaque école de notre conseil scolaire a une équipe responsable de la sécurité. Il est important d’avoir différents points de vue au sein du groupe. L’équipe peut être composée de différentes personnes comme le directeur, le concierge, un assistant en éducation et un enseignant. Sur une base semi-annuelle, nous faisons une inspection du terrain de l’école, de l’équipement et du matériel, et nous passons en revue nos pratiques en ce qui concerne la sécurité ».

La sécurité sur le plan émotionnel signifie que tous sont inclus et que tous peuvent réussir.

Bien qu’accroître la sécurité sur le plan physique soit un élément clé de l’équation, il est également important de s’assurer que les élèves se sentent inclus, acceptés et respectés. Une des principales façons de créer un espace sécurisant sur le plan émotionnel est de donner l’occasion à tous les élèves de réussir. « Offrez un grand éventail d’activités », suggère M. Minnis. « Si on joue au hockey en salle, tous les joueurs de hockey du groupe vont être heureux. Mais ensuite, je demande aux mêmes enfants de jouer à un jeu sur une poutre d’équilibre ou de prendre part à une activité requérant des habiletés de résolution de problèmes, et ils devront faire appel à un ensemble d’habiletés différentes pour réussir. »

Une autre stratégie importante est de laisser de côté l’accent que l’on met sur « gagner » et de plutôt mettre l’accent sur l’atteinte des objectifs d’apprentissage de la leçon, une stratégie appuyée par le document du ministère de l’Éducation, Faire croître le succès, portant sur l’évaluation et la communication du rendement. Comme l’explique M. Minnis, « En ce moment, notre objectif d’apprentissage est de participer de façon active et sécuritaire à toutes les activités ». L’objectif fut affiché au mur du gymnase, et avant le début de l’unité d’apprentissage, chaque classe s’est assise pour établir conjointement ce à quoi ressemblerait le succès pour eux. « Cette semaine, un groupe dans une classe de troisième année a récupéré plus d’articles qu’un autre groupe lors d’une course à relais », raconte M. Minnis. « Mais plutôt que de mettre l’accent sur le nombre d’articles qu’ils avaient récupérés, j’ai ramené leur attention à l’objectif d’apprentissage. » En déplaçant l’accent des résultats au processus, les élèves ont tous l’occasion d’être heureux de ce qu’ils ont réalisé.

Lorsqu’il s’agit de faire en sorte que les élèves se sentent plus à l’aise, Mme Gardner recommande aux enseignants de bien prendre le temps de connaître leurs élèves. Il peut s’agir de quelque chose de simple comme un sondage en début d’année scolaire pour connaître ce que les élèves aiment ou non. À l’école secondaire Dryden à Dryden en Ontario, Lorna Tremonti, une enseignante en ÉPS, a fait bon usage de la technologie pour augmenter les interactions avec ses élèves et pour les encourager tous à participer aux discussions. Comme elle l’explique, « J’utilise beaucoup Google Classroom. C’est un espace en ligne sécuritaire où les élèves peuvent partager leurs opinions, et c’est une façon pour les élèves qui ne se sentent pas à l’aise de parler devant d’autres personnes de se faire entendre ».

Les élèves qui se sentent en sécurité peuvent se concentrer sur l’acquisition d’habiletés de vie.

En plus d’être plus susceptibles de tenter de relever de nouveaux défis sur le plan physique et de mieux apprendre dans les cours de santé, les élèves qui se sentent en sécurité sont davantage en mesure d’acquérir les habiletés de vie, c’est-à-dire les habiletés personnelles, les habiletés interpersonnelles et les habiletés de la pensée critique et créative qui sont intégrées à l’ensemble du programme-cadre.

Par exemple, apprendre comment établir et maintenir de bonnes relations représente une partie importante des habiletés de vie, et il existe de nombreuses occasions d’enseigner et de promouvoir ces habiletés ainsi que d’être un modèle pour celles-ci lorsque la classe de santé ou le gymnase est en un environnement positif et sécuritaire. « Si je vois un enfant s’excuser ou jouer à roche, papier, ciseaux pour déterminer qui va commencer en premier, nous nous arrêtons et nous en discutons », explique M. Minnis. « C’est comme lorsque j’enseigne aux enfants la façon de faire un lancer déposé au basketball. Je ne peux pas tout simplement le décrire. Ils doivent le voir en action pour être en mesure de faire ce que je leur demande. » Qui plus est, lorsque les élèves acquièrent des façons de gérer leurs émotions, de résoudre des problèmes et d’interagir entre eux, l’environnement devient plus respectueux, plus agréable et plus sécuritaire pour tous.  

Pour assurer la sécurité, il faut mettre en œuvre des mesures pour prévenir l’intimidation.

En se faisant le modèle pour des interactions sociales positives, on peut contribuer grandement à la prévention de l’intimidation; cependant, lorsque des cas d’intimidation se manifestent, dans les cours d’ÉPS ou ailleurs, les écoles et les éducateurs peuvent prendre des mesures pour assurer de bien répondre au problème. Comme l’explique Mme Gardner, « Chaque école a une équipe responsable de la sécurité à l’école. Des politiques ont été établies pour assurer des écoles sécuritaires et il existe des mesures que doivent prendre les enseignants selon la gravité de la situation ».

« Dans notre école, il est possible de rapporter anonymement des cas d’intimation par l’entremise de notre site Web », ajoute Mme Tremonti. « Il est important d’avoir différents contrôles en place pour que les élèves sachent : si je suis victime d’intimidation ou si je ne me sens pas en sécurité, voici ce que je peux faire tout de suite. »

Un environnement sécuritaire favorise la résilience. 

Évidemment, pour créer des environnements sécuritaires, il n’est pas nécessaire d’éliminer l’adversité et tous les risques auxquels sont confrontés les élèves. Il faut plutôt enseigner aux élèves comment s’occuper d’eux-mêmes et gérer des situations difficiles. Mme Doherty-Masters suggère que cela peut être aussi simple que d’aider les élèves à regarder les défis d’un autre angle. « Notre directeur nous a présenté le concept de l’évolution de l’état d’esprit. C’est un concept simple qui encourage les enfants à penser de façon différente lorsqu’ils doivent relever un défi. Il a tout simplement ajouté deux mots à la phrase “Je ne peux pas le faire”. Il l’a complétée pour qu’elle dise : “Je ne peux pas le faire pour l’instant”. Cela favorise le renforcement de la résilience chez les enfants. Ils apprennent que s’ils échouent, ce n’est pas la fin du monde ».

Il est aussi important d’offrir des espaces sécuritaires et de laisser savoir aux élèves à qui ils peuvent s’adresser pour obtenir de l’aide. « Nous avons un accompagnateur pour aider à obtenir un diplôme d’études secondaires qui travaille pour assurer que les enfants se sentent en sécurité et qu’ils sont en mesure de gérer les difficultés et les exigences du secondaire. Nous avons également un centre d’accueil pour les enfants qui ont besoin de prendre un peu de recul. Et bien qu’il ait reçu son financement du Supplément pour l’éducation des Premières nations, des Métis et des Inuits, tous les élèves sont bienvenus. Il y a des divans et il est possible d’obtenir du soutien tous les jours. Les enseignants savent que s’il y a un enfant dans cette salle, c’est parce qu’il avait besoin d’aller quelque part pour prendre une pause ».

Les éducateurs ont également besoin de soutien! 

Lorsqu’on travaille afin de favoriser un milieu sécuritaire sur le plan physique et sécurisant sur le plan émotionnel, il est important de demander de l’aide. Après tout, la création d’un environnement sécuritaire pour les élèves à l’école et dans l’ensemble de la communauté est une responsabilité partagée.

Évidemment, il faut commencer par le programme-cadre. « Celui-ci a été créé pour assurer l’inclusion et la promotion de la santé mentale », dit M. Minnis. La section servant d’entrée en matière des Ressources d’appui au programme-cadre d’ÉPS pour l’élémentaire d’Ophea contient une foule d’informations sur des stratégies pédagogiques pour la création d’un environnement de classe inclusif.

Il peut être aussi très utile de faire appel à la communauté, que ce soit à l’école ou à l’extérieur de l’école. « Pour commencer, discutez avec les gens à l’école », suggère Mme Gardner. « Si cela concerne un élève en particulier, parlez aux enseignants qui ont travaillé avec lui par le passé pour connaître les stratégies qui ont été fructueuses ».

« Chaque conseil scolaire a un responsable de la santé mentale », ajoute Mme Doherty-Masters. « Cette personne possède une foule de ressources locales, provinciales et nationales qu’elle peut partager. » Les éducateurs peuvent également consulter les ressources en ligne offertes par nombre d’organismes (comme celles offertes par Ophea) et ils peuvent communiquer avec des experts dans la communauté comme leur bureau de santé publique ou le service de police, car ceux-ci peuvent souvent offrir les services d’un conférencier ou des ressources sur des sujets particuliers comme la prévention de l’intimidation.

Afin d’aider les éducateurs ainsi que l’ensemble de la communauté scolaire à créer des milieux sécuritaires sur le plan physique et sécurisants sur le plan émotionnel en ÉPS, Ophea a créé la ressource Il s’agit d’ÉPS. Cette ressource comprend des affiches et des vidéos d’apprentissage en ligne examinant de façon approfondie chacun des cinq principes fondamentaux sur lesquels repose le programme-cadre d’ÉPS de 2015. Les affiches peuvent être mises sur les murs de l’école et les vidéos peuvent être partagées afin de lancer des conversations.

Si les enfants se sentent en sécurité, ils vont jouer.

« Si les enfants se sentent en sécurité, ils vont jouer », dit en conclusion M. Minnis. « Et ils vont vouloir jouer davantage parce qu’ils se sont sentis en sécurité. Ça boucle la boucle. » Ayant entre les mains un programme-cadre visant à inclure tous les élèves, les éducateurs comme M. Minnis, Mme Tremonti et Mme Doherty-Masters s’efforcent de créer des espaces sécuritaires où tous se sentent valorisés, respectés et inclus. Bref, ils changent la relation qu’a une génération d’enfants avec l’ÉPS.

Aujourd’hui, quels que soient les origines des élèves, leurs capacités ou leurs champs d’intérêt, il est probable qu’à la fin de leurs études secondaires, ils auront des souvenirs positifs de l’ÉPS et ils comprendront que l’activité physique est amusante et qu’elle est pour tous, et c’est exactement ce qu’il faut pour que les enfants adoptent et maintiennent une vie saine et active la vie durant. 

qu’elle est pour tous, et c’est exactement ce qu’il faut pour que les enfants adoptent et maintiennent une vie saine et active la vie durant.