Un esprit sain dans un corps sain | Ophea.net

Un esprit sain dans un corps sain

Mardi, Juin 5, 2012 - 09:24

La façon dont le programme-cadre d’ÉPS jette les fondements pour une bonne santé mentale tout au long de la vie

Lorsque nous entendons le terme « santé mentale », nous pensons souvent à des maladies telles que la dépression, la schizophrénie ou les troubles bipolaires. Cependant, la santé mentale représente bien plus que la simple absence de maladies. Selon l’Organisation mondiale de la santé, « la santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté ». La mise en pratique de stratégies pour renforcer notre santé mentale peut tous nous aider à réaliser notre plein potentiel. Et bien que la plupart des maladies mentales soient associées à des facteurs biologiques et environnementaux auxquels l’individu ne peut rien, le renforcement de la résilience, c’est-à-dire la capacité à se remettre d’une épreuve et à s’adapter au stress de la vie, est un facteur de protection important pour ceux parmi nous qui sont plus prédisposés ou plus vulnérables aux maladies mentales. Si nous parvenons à gérer notre santé mentale, notre santé générale devrait mieux se porter au courant de notre vie. Heureusement pour les enfants de l’Ontario, le programme-cadre révisé Éducation physique et santé pour les écoles élémentaires met tout particulièrement l’accent sur la promotion et le maintien de la santé mentale, l’acquisition d’une meilleure compréhension de ce qu’est la maladie mentale, et la réduction de la stigmatisation et des stéréotypes.

Comment le programme-cadre d’ÉPS fait-il la promotion de la santé mentale?

Les attentes d’apprentissage du programme-cadre révisé Éducation physique et santé sont divisées en trois domaines distincts, mais connexes : Vie active, Compétences motrices et Vie saine. Ce dernier domaine met un accent particulier sur les sujets liés à la santé mentale. Au-delà des attentes particulières, les enseignants trouveront également un éventail de questions dans le document pour les aider à orienter les discussions ainsi que des exemples de réponses d’élèves. Des attentes additionnelles sont ensuite liées aux trois domaines. Ce sont les habiletés liées au développement personnel et identitaire : la communication, les habiletés personnelles, les habiletés interpersonnelles ainsi que la pensée critique et créative. Ces habiletés aideront les élèves à renforcer leur résilience et à développer une bonne connaissance de soi, tout en apprenant à établir des objectifs et à résoudre des problèmes, tous des éléments essentiels au maintien d’une bonne santé mentale. Selon Mme Robin Glenney, l’enseignante en éducation physique pour les élèves du niveau élémentaire au MacTier Public School à MacTier en Ontario, « Le programme-cadre révisé réussit bien à parler de la santé de manière holistique. Lorsque les enfants sont en première, deuxième et troisième années, ils comprennent qu’il est tout aussi important de garder leur esprit en santé que de maintenir leur corps en santé ». Cela est essentiel à leur bien-être et à leur réussite à long terme. Après tout, sans une bonne santé mentale, il est difficile pour un individu de réaliser son plein potentiel en matière de santé physique, et être sain d’esprit et de corps contribue de façon significative à des résultats d’apprentissage positifs. Mme Gloria Chaim, directrice adjointe des Soins cliniques au Programme pour les enfants, les jeunes et la famille du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), explique : « Nous savons que les enfants qui ont de bonnes habiletés liées au développement personnel et identitaire réussissent mieux sur le plan académique. Nous savons également que les enfants qui font de l’activité physique, qui ont une saine alimentation et qui dorment bien vont également mieux réussir dans d’autres aspects de leur vie ».

Pourquoi aborder la santé mentale à un si bas âge?

À cause de son caractère personnel et de la stigmatisation qui y est associée, il peut s’avérer délicat pour les enseignants d’aborder des sujets reliés à la santé mentale. Plusieurs d’entre eux peuvent avoir tendance à éviter les discussions franches sur le sujet par peur de ne pas dire ce qu’il faut. De toute façon, il est plus approprié de discuter de sujets délicats tels que les maladies mentales avec les adolescents plutôt qu’avec les enfants de plus jeunes âges, n’est-ce pas? … eh bien, pas du tout! Un Canadien sur cinq sera personnellement atteint d'une maladie mentale au cours de sa vie. Les quatre autres auront un ami, un membre de leur famille ou un collègue qui en sera atteint , et peu importe l’âge, personne n’est à l’abri. En fait, 70 % des symptômes des maladies mentales se manifestent à l’enfance ou l’adolescence , et les enfants dans ces groupes d’âge sont les moins susceptibles d’avoir accès à des services de santé mentale. Que ce soit à cause de sentiments de honte ou de peur, ou simplement par la méconnaissance des services offerts, les enseignants ont un rôle essentiel à jouer dans l’éducation des élèves au sujet des problèmes de santé mentale et pour aider ceux qui ont de la difficulté à recevoir l’aide dont ils ont besoin. Comme l’explique Heather Gardner, Conseillère au programme-cadre d’ÉPS d’Ophea, « Puisqu’ils sont avec les élèves pendant six heures chaque jour, ils ont l’occasion d’apprendre à les connaître et de déceler des changements dans leur comportement. De plus, ils peuvent également jouer le rôle de facilitateur entre les parents et tuteurs, la communauté et les autres services de soutien qui pourraient s’avérer nécessaires ».

Comment les éducateurs peuvent-ils réfuter les mythes au sujet des maladies mentales?

La meilleure façon de réfuter les mythes et de réduire les stigmates et les stéréotypes souvent associés aux maladies mentales est de parler ouvertement et fréquemment au sujet des maladies mentales. Selon Mme Glenney, « En parlant ouvertement au sujet des maladies mentales, nous montrons que c’est acceptable d’en parler. Et lorsque les élèves réalisent que c’est un sujet dont tout le monde parle, ils se sentent plus à l’aise de partager leurs propres expériences ». En premier lieu, les enseignants doivent obtenir les faits et les renseignements au sujet des maladies mentales. C’est la première et principale étape pour entreprendre ces types de discussions. En cas de doute, il faut faire appel aux experts. Ophea offre un éventail de ressources dont un nouvel atelier portant sur la santé mentale, auquel on pourra accédé à partir de cet automne par l’entremise du Catalogue de perfectionnement professionnel d’Ophea, et les Ressources d’appui au programme-cadre d’ÉPS comprenant plus de 1000 plans de leçons téléchargeables et indexés qui abordent toutes les attentes du programme-cadre d’ÉPS de l’Ontario de 2010. Votre bureau de santé publique pourra également vous aider et vous fournir des ressources. De plus, plusieurs programmes et services sont offerts par des organismes nationaux et provinciaux tels que CAMH (Centre de toxicomanie et de santé mentale), Jeunesse, J’écoute, Parent Action on Drugs et Santé mentale pour enfants Ontario. Cependant, bien que ces groupes offrent un excellent soutien, les ressources dont vous avez besoin sont souvent disponibles plus près de chez vous. Mme Glenney explique, « Puisque plusieurs de nos élèves sont des Premières nations/autochtones, je me tourne souvent vers la bande pour du soutien ». À son école située dans la région de Muskoka, un accent particulier est mis sur les sept enseignements ancestraux. « Il arrive souvent que dans les petites régions nous n’ayons pas les mêmes genres de ressources que les centres urbains, mais cela ne veut surtout pas dire que nous n’avons pas de ressources ». Si vous éprouvez encore une certaine anxiété à l’idée d’entreprendre une discussion, vous pourriez inviter un conseiller scolaire, un travailleur en santé mentale de la région, ou autre membre approprié de la communauté à venir parler avec les jeunes pour les sensibiliser et favoriser leur compréhension à l’égard de ce sujet. Cependant, il est important de ne pas aborder la santé mentale de façon isolée ou par l’entremise d’une seule leçon ou unité d’apprentissage. Vous pouvez faire une grande différence en intégrant la santé mentale dans vos discussions au sujet de la diversité et l’acceptation, et en étant toujours aux aguets pour des occasions d’aider les élèves à avoir une attitude empathique et à améliorer leur compréhension. « Je me rappelle quand j’étais une enfant et que j’avais été surprise d’apprendre que mon enseignant ne demeurait pas à l’école », dit Mme Chaim en rigolant, en commentant la vision parfois étroite et erronée que les enfants ont parce qu’ils n’ont pas appris autrement pour l’instant. Selon elle, « Il est vraiment utile d’élargir leur pensée. Il est important de les aider à comprendre que les gens ne sont pas définis par une seule caractéristique. Si j’ai un handicap physique ou un problème d’ordre émotionnel, je ne suis pas ce handicap ou ce problème. Je suis une personne complexe ». Une autre façon de renforcer ce message est de condamner tous les termes irrespectueux utilisés en référence aux personnes atteintes d’une maladie mentale (p. ex., lunatique, dérangé) et d’expliquer aux élèves qu’il est important d’utiliser des phrases respectueuses qui font référence à la personne en premier (p. ex., « une personne atteinte de schizophrénie » plutôt qu’un « schizophrène »). Les enseignants peuvent également souligner que les maladies mentales sont causées par des déséquilibres chimiques dans le cerveau d’une personne, et qu’une personne n’est pas à blâmer pour une telle maladie, pas plus qu’elle n’est responsable d’un cancer ou d’un accident vasculaire cérébral. Qui plus est, avec le soutien nécessaire, un individu peut gérer une maladie mentale et mener une vie épanouie et productive.

Comment les cours d’ÉPS peuvent-ils promouvoir la santé mentale?

Lorsqu’il s’agit de promouvoir la santé mentale, certaines des stratégies les plus efficaces viennent déjà de façon naturelle à la plupart des enseignants en ÉPS. La première est de montrer que vous vous intéressez à vos élèves, non seulement sur le plan académique, mais aussi en tant que personnes uniques. « Nous avons une période de temps consacrée à des discussions “communautaires” où l’on parle de notre soirée ou de notre weekend », explique Mme Glenney. « Il est essentiel d’avoir ce temps pour discuter de la manière dont on se sent. Cela permet aux élèves de voir qu’en tant qu’enseignants, nous nous intéressons d’abord à eux en tant qu’êtres humains ». Mme Glenney décrit également une récente soirée « repas-rencontre » qui a eu lieu à son école. Les parents furent invités à l’école pour y manger un repas de sandwichs roulés et de sous-marins santé et des membres du conseil étudiant ont créé un livre de recettes santé que les parents pouvaient rapporter à la maison. Ces activités ont renforcé les leçons que les élèves apprenaient à l’école au sujet de la saine alimentation, mais ce n’était certainement pas le seul bienfait engendré. « C’était une excellente occasion pour les enfants de voir leurs parents et leurs enseignants se rencontrer et s’intéresser à eux », ajoute Mme Glenney. Une autre stratégie efficace déjà employée par la plupart des éducateurs est de mettre l’accent autant que possible sur les aspects positifs du rendement des élèves. Il ne s’agit pas d’éviter de discuter des domaines laissant place à l’amélioration, mais plutôt de trouver les domaines dans lesquels les élèves réussissent déjà et de s’appuyer sur ces réussites pour en favoriser d’autres. « S’ils n’ont eu que deux bonnes réponses, dites “Ces deux réponses étaient très bonnes. Comment peut-on améliorer les autres? ” », suggère Mme Chaim. « Il s’agit d’aider les enfants à voir que le verre est à moitié plein et de les aider à comprendre et apprécier ce que sont leurs forces. Alors, lorsque des défis surgiront dans leur vie, ils pourront s’appuyer sur ces forces pour les aider à composer avec l’adversité ».

Comment le fait de garder la santé mentale au cœur des préoccupations peut-il mener à un plus grand bien-être tout au long de la vie?

Mme Glenney explique, « Je crois qu’une des vraies forces du programme-cadre révisé est que nous nous sommes éloignés d’un programme-cadre fondé sur des sujets particuliers pour nous diriger vers un sentiment général d’être des apprenants efficaces. Le but est d’avoir un savoir-faire physique et un bon niveau de littératie en santé ». Autrement dit, si nous pouvons donner aux élèves la capacité de bouger avec assurance et compétence dans un grand éventail d’activités physiques, ainsi que les aptitudes de la vie quotidienne dont ils auront besoin pour prendre de bonnes décisions, pour établir des relations, et pour s’adapter au stress, ils pourront mettre en pratique ces habiletés longtemps après avoir quitté l’école. Par conséquent, leur capacité à mener une vie pleine de santé et de bien-être sera augmentée considérablement. De plus, en abordant ouvertement le sujet des maladies mentales, nous pouvons la faire sortir de l’ombre et dissiper la majeure partie de la crainte qui l’entoure. Selon Mme Glenney, « Lorsque nous parlons de santé physique, émotionnelle et spirituelle, nous apprenons aux élèves qu’il est acceptable d’avoir des problèmes dans ces domaines et qu’il y a des choses qu’ils peuvent faire pour les surmonter ». Et cette normalisation de la santé mentale comme sujet de discussion pourrait bien faire la différence entre un individu qui demande de l’aide et apprend à gérer une maladie mentale et un individu qui tombe entre les mailles du filet. Mme Chaim conclut en expliquant que la vie nous pose parfois des défis et des épreuves inattendus et qu’il faut avoir les habiletés nécessaires pour s’adapter et les surmonter. Et quel meilleur endroit peut-il y avoir pour apprendre et mettre en pratique ces habilités qu’un milieu scolaire qui apporte du soutien, avec un enseignant qui se montre intéressé? _____________________________________ i http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs220/fr/ ii Santé Canada. (2002). Rapport sur les maladies mentales au Canada. Ottawa: Santé Canada. iii Gouvernement du Canada. (2006). Aspect humain de la santé mentale et de la maladie mentale au Canada. Ottawa: Gouvernement du Canada. iv GC, Hetrick SE, et McGorry P. (2007). Service responses for youth onset mental disorders. Current Opinion in Psychiatry, 20:319-324; Statistique Canada. (2003). Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes: Santé mentale et bien-être. Ottawa: Statistique Canada.