L’enseignement intentionnel peut renforcer la motivation, la compétence et la confiance des élèves en ÉPS

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Cet article est le deuxième d’une série de quatre; chacun portera un regard approfondi sur un aspect particulier qui, selon les études, est lié à une mise en œuvre efficace du programme-cadre, tout en proposant des commentaires d’enseignants, d’élèves et de dirigeants du système de l’éducation sur les éléments qui fonctionnent bien, les éléments requis, et la suite des choses.

Vous l’avez probablement constaté à maintes reprises dans votre rôle d’enseignant : lorsque vous reconnaissez et misez sur les forces et les champs d’intérêt des élèves, quelque chose de merveilleux se produit.

« Ils s’épanouissent, » explique Dan Vigliatore, enseignant d’éducation physique et santé (ÉPS) de la maternelle à la 6e année à la Precious Blood Catholic School à Toronto et instructeur de qualifications additionnelles à l’Université York. Comme il l’explique, « Dans l’enseignement intentionnel, la planification et ce qui est fait avec les élèves le sont de façon délibérée et réfléchie. Il s’agit d’offrir des occasions pour un apprentissage approfondi et du soutien pour favoriser le bien-être, et de mettre l’accent sur les habiletés qui sont pertinentes pour les élèves qui grandissent et se dirigent vers l’âge adulte. »

En d’autres mots, par l’enseignement intentionnel on entend la planification de leçons et d’activités avec des élèves particuliers en tête. « Où en sont rendus les élèves? De quoi ont-ils besoin? » explique Monica Moran, conseillère du programme pour la maternelle à la 12e année au conseil scolaire du district Hamilton Wentworth. « Pour l’enseignement intentionnel, il faut se poser la question “Pourquoi est-ce que j’enseigne ceci à ce groupe en ce moment?” »

L’engagement pour donner vie à l’apprentissage.

Selon Moran et Vigliatore, la première étape logique de l’enseignement intentionnel est d’apprendre à connaître ses élèves. Pour ce faire, on peut avoir recours à des approches plus formelles comme des groupes de discussion ou des sondages sur les champs d’intérêt des élèves, mais pour garder l’esprit de l’ÉPS, Vigliatore aime les approches actives : « Nous jouons à un jeu qui s’appelle On est tous des chats. Tous les élèves peuvent se toucher les uns les autres, puis un autre élève doit libérer l’élève qui se fait toucher. Avant d’être libéré, un élève doit se nommer, et nommer sa couleur ou son sport préférés. » Vigliatore utilise ensuite ces informations et ces observations des interactions des élèves pour orienter ses leçons et ses unités afin de susciter l’intérêt de ces élèves.

Quant à elle, Moran favorise l’engagement et la participation des élèves en offrant des options qui leur plairont selon leur tempérament, leur style d’apprentissage et leur capacité. Comme elle l’explique, « Dans bien des cas, les activités favorisent les enfants extrovertis. » Pour remédier à ce fait, elle organise d’abord des activités qui donnent aux élèves introvertis du temps et de l’espace pour s’entraîner de manière individuelle, puis elle les aide à développer des interactions sociales en leur donnant la possibilité d’essayer des habiletés semblables en paires ou en petits groupes. « Je crois que ce qui est le plus important, c’est de toujours garder l’inclusion à l’avant-plan. Les élèves doivent se reconnaître dans la leçon, » dit-elle.

Il peut aussi être très efficace de présenter du nouveau matériel et de permettre aux élèves de laisser aller leur imagination. Comme l’explique Taylor Dallin, une élève de 12e année à la Cardinal Carter Academy for the Arts à Toronto et coordinatrice des opérations pour l’Association des élèves conseillers et conseillères de l’Ontario, le plus grand groupe officiel d’acteurs auprès des élèves en Ontario, « Parfois, lorsque nous pensons à l’éducation physique, nous ne pensons qu’au soccer et au basketball, mais je dois avouer qu’un de mes meilleurs moments [en ÉPS à l’élémentaire] fut d’utiliser les petites planches à roulettes. J’aimais pouvoir tenter différentes façons d’utiliser le matériel. Nous pouvions toujours essayer quelque chose de nouveau pour nous déplacer d’un bout à l’autre du gymnase. »

L’intégration de l’apprentissage socioémotionnel.

En plus d’apporter beaucoup de plaisir, ces planches à roulettes dont se souvient Dallin ont eu un impact durable. « Elles nous ont enseigné à collaborer et à résoudre un problème. Pour moi, ces types d’activités ont inculqué en moi des habiletés pour travailler avec d’autres personnes et me comprendre mieux aussi, » dit-elle.

Vigliatore est du même avis. En fait, l’apprentissage socioémotionnel est intégré à chaque étape de l’enseignement intentionnel. Et bien que l’inclusion de ces habiletés devrait toujours être délibérée, elle n’a pas besoin d’être compliquée.

Par exemple, il décrit une leçon au cours de laquelle les jeunes élèves mettent en pratique leurs habiletés pour jouer au basketball. « Bien que nous examinions les éléments d’un lancer déposé au basketball, nous mettions aussi l’accent sur l’importance d’attendre son tour au panier. Nous intégrions intentionnellement cet aspect à la leçon. C’est important, car de bonnes habiletés socioémotionnelles peuvent mener à une bonne humeur, à des relations positives et à une compréhension de l’état émotionnel d’autrui. »

Des défis et des choix pour renforcer la compétence.

Un autre point saillant en ÉPS pour Dallin a eu lieu lors d’une unité de santé en 10e année lorsqu’un enseignant a demandé aux élèves de choisir leurs propres sujets pour un projet de recherche sur la nutrition. « J’ai choisi d’examiner la différence entre la faim et l’appétit. J’ai appris beaucoup de choses, » dit-elle. Qui plus est, lors de la séance de questions qui a suivi les présentations, elle se rappelle s’être sentie plus engagée en écoutant les opinions des autres élèves sur son sujet et en faisant part de ses opinions sur les leurs. « J’aimais avoir la possibilité de discuter d’un sujet qui me passionnait, » explique-t-elle.

« Ma philosophie est qu’un petit changement peut tout changer, » affirme Moran. Pour offrir des défis appropriés, elle fait appel à un enseignement différencié pour donner des choix aux élèves. Par exemple, le gymnase est divisé comme une grille. Dans une section de la grille, les élèves jouent trois élèves contre deux, dans une autre section une règle relative au bond est établie pour donner plus de temps aux élèves pour attraper le ballon, et ainsi de suite.

Selon Moran, « Les élèves vont choisir une activité qui présente un défi, mais sans pour autant les frustrer. Puis pour faire progresser l’apprentissage, je leur demande de se poser les questions suivantes : Pourquoi faisons-nous cette activité? À quel endroit pouvez-vous vous déplacer pour aider votre coéquipier? Que pouvons-nous faire pour rendre ce jeu plus difficile ou facile? »

Au fur et à mesure que les élèves deviennent plus à l’aise et gagnent de l’assurance relativement à l’application d’une habileté, ils deviennent aussi plus susceptibles de réussir pour la prochaine habileté, et de prendre plaisir dans la démarche en apprenant. Comme le conseille Vigliatore, « Commencez avec des formes simples de l’habileté pour que les élèves soient en mesure de l’appliquer efficacement. Puis, progressez en l’intégrant à des activités qui vont favoriser la réussite. »

Les modèles d’enseignement peuvent être des outils très utiles.

De nombreux modèles d’enseignement (pour l’ÉPS et plus généraux) peuvent proposer d’excellents points de départ pour l’enseignement intentionnel, notamment l’apprentissage fondé sur l’enquête, Apprendre et comprendre par le jeu (ACpJ) et l’éducation sportive.

« Au cours de ma carrière, j’ai utilisé une variété de modèles ou des parties de modèles, selon les élèves qui étaient devant moi, » explique Moran. Dans le cadre de l’approche ACpJ, les enfants doivent cerner des solutions tactiques associées à des catégories de jeux (par exemple, jeux avec cible, jeux avec filet/au mur). Ils réfléchissent à des options et à des habiletés et apprennent à les mettre en pratique dans des situations de jeu plus générales. 1

En pratique, cela pourrait ressembler à ceci : « Lors de l’apprentissage des habiletés requises pour les jeux avec filet/au mur comme le badminton, nous avons commencé en essayant de jouer sur un long terrain étroit. Nous avons ensuite joué sur un terrain large, » explique Moran. « Après que les élèves eurent joué sur les deux terrains, je leur ai posé des questions et j’ai adapté mon enseignement à leurs besoins. »

Un modèle comme l’apprentissage fondé sur l’enquête peut être appliqué notamment en fournissant du nouveau matériel aux élèves et en leur donnant l’occasion d’explorer les possibilités. « Par exemple, des cerceaux, » dit Vigliatore. « Qui dit que nous devons les mettre autour de la taille? Il est possible de faire tellement de choses. Un enfant peut en faire rouler un. Un autre peut le faire tournoyer. Un autre peut sauter à répétition à l’intérieur et à l’extérieur de celui-ci. Ils apprennent en se regardant les uns les autres, puis nous en discutons. »

Vigliatore peut ensuite intégrer les découvertes des élèves à de futures leçons et les utiliser pour promouvoir les habiletés de leadership et de communication. « Je pourrais dire, Johnny a fait quelque chose de sympa avec son cerceau l’autre jour, et Julia a fait ça avec le sien. Puis je peux leur demander de montrer ce qu’ils ont fait à la classe et d’enseigner une partie de la leçon. »

Peu importe votre niveau d’expérience, n’ayez pas peur d’essayer quelque chose de nouveau!

Peu importe la façon par laquelle vous choisissez de commencer, tentez toujours de suivre la même approche que nous préconisons pour nos élèves : commencez avec les habiletés que vous avez déjà, appuyez-vous sur vos réussites et ne craignez pas de prendre des risques en cours de route. Comme le souligne Moran, « Nous demandons aux enfants tous les jours d’essayer de nouvelles choses et de ne pas craindre de prendre des risques. En tant qu’enseignants, nous devons avoir la volonté de faire de même. »

L’essai d’une nouvelle approche pour l’enseignement intentionnel peut être aussi simple que d’essayer un aspect d’un modèle d’enseignement que vous ne connaissez pas ou de mettre de côté le format habituel (présentation ou démonstration suivie d’un jeu) et de plutôt trouver des façons de laisser les élèves travailler à leur rythme ou explorer leurs champs d’intérêt.

Il y a aussi de nombreuses ressources disponibles pour vous aider. « EPS Canada offre de la formation en ligne sur différents modèles d’enseignement, » dit Moran, « et les Ressources d'appui d'ÉPS : Élémentaire d’Ophea proposent des questions que vous pourriez poser et des façons de rendre les activités sécuritaires et inclusives. »

Vigliatore partage cet avis. « Ce sont des plans de leçons très détaillées qui peuvent aider tout le monde. RécréAgir est un autre bijou, » ajoute-t-il. Cette ressource en ligne, créée par Ophea en partenariat avec l’Université Brock, propose des activités qui aident les enfants et les jeunes à mieux comprendre et maîtriser les habiletés et les stratégies associées à des activités physiques et à la pratique d’un vaste éventail de sports grâce à l’approche ACpJ.

« Faites en sorte que l’apprentissage répond aux besoins et se fait de façon autonome, » dit Moran, « et ne sous-estimez pas l’importance de la collaboration entre enseignants! » Nous encourageons les élèves à travailler ensemble, et nous devons faire de même en échangeant avec nos pairs au sujet de nos réalisations et nos défis. Cela peut être très bénéfique.

Les élèves d’aujourd’hui sont les adultes actifs et en santé de demain!

Si vous avez besoin de plus de motivation, gardez à l’esprit que les stratégies d’enseignement intentionnel que vous utilisez aujourd’hui peuvent avoir un impact durable. Croyez-en la parole d’une élève qui terminera bientôt ses études secondaires :

« Mes expériences en ÉPS à l’élémentaire m’ont indéniablement aidée beaucoup. Je suis encore active aujourd’hui et j’ai encore ce sens du travail en équipe, » explique Dallin. En plus d’appliquer ses habiletés socioémotionnelles, son savoir-faire physique et sa littératie en matière de santé à ses cours de danse, elle les utilise aussi dans des activités d’art dramatique et dans le cadre de son rôle de leadership au sein de l’OSTA-AECO. « Cet apprentissage a fait naître en moi un engagement envers une vie saine et active en classe et à l’extérieur de la classe. Même après que les cours que j’ai suivis à l’école furent terminés. »


1https://phecanada.ca/programs/move-think-learn